La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

532 LA REVUE SOCIALISTE * * * Tout le monde connaît l'admirable passage de Yictor Hugo « Tu casses des cailloux, Yicillard ... Autrefois ... Tu te leYas, tu pris ta fourche; en cc temps-là Tu fus, devant les rois qui tenaient la campagne, Un des grands paysans de la grande Champagne; C'est bien. - Mais, vois là-bas, le long du vert sillon, Une calèche arri Ye. . . . . . . . . . . . . . . . Un homme y dort. \ïeillard, chapeau bas! Ce passant Fit sa fortune à l'heure où tu Yersais ton sang ... Or, de \'OUS deux, c'est toi qu'on hait, lui qu'on Yénère ! \ïeillard, tu n'es qu'un gueux! Et ce millionnaire, C'est l'honn~tc homme. -Allons! debout, et chapeau bas 1 Cc passant n'est assurément plus aujourd'hui le Shylock qui, « a\'ec le sabre de Blücher, a coupé sur la France une livre de chair ». Mais cc doit être son descendant, et l'on pourrait répéter a\'cc son fils le dialogue suiYant, dans lequel Gœthc a fait l'historique de bien des fortunes : Le 111aîtred'i!cole. - Dis-moi donc d'où la fortune de ton père est venue? L'enfa11t. - Du grand-père. Le maître d'école. - Et à celui-ci? L'm(a11t. - Il l'a prise. Cc passant est peut-être aussi un actionnaire de ces compagnies de finances ou de chemins de fer qui s'enrichirent de toutes nos guerres et de nos inoubliables désastres de .r870-r87r. C'est tout au moins un gros richard dont la propriété s'est succcssi \·ement arrondie au détriment de celles de ses YOisins besoigneux. Car ils sont nombreux, les faits d'expropriation priYéc que pourraient citer les propagandistes socialistes qui résident dans nos campagnes, J .-B. Clément dans ks Ardennes, Brunelliére à antes, Pédron en Champagne, Bouhey-Allex dans la Côte-d'Or, Thierry-Cazes dans le Gers, etc ... En Champagne, comme dans l'Hérault, comme au Médoc, et d'ailleurs sur tout le littoral méditerranéen, de riches capitalistes se sont coalisés pour acheter les Yigncs des paysans. Qu'on regarde ces Yillages du Nord de la France qui reste encore, malgré tout, la partie la plus fertile; qu'on étudie autour de Roubaix, ces hameaux que l'industrie du tissage a peu à peu priYés de leur population agricole. Le traYail lent, qui attachait et retenait le paysan sur sa petite partie de terre, a fini, à la suite des grandes crises, par deYenir si peu rémunérateur qu'il a fallu Yendre et se faire ounier. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, les petits propriét:1irès, producteurs de betteraYes, sont à la merci des gros distillateurs et fabricants de sucre qui les tiennent par le crédit et qui les rançonnent. Ainsi, de

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