La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE SOCIALISME AGRAIRE 531 les Hussites, les Anabaptistes, la communauté fondée à Mulhausen par Münzer, et les fameux douze articles du programme de la Guerre des Paysa11s au seiziéme siéclc. La grande Révolution et les petites révolutions françaises ont pu être politiques, si l'on n'en regarde que le côté bourgeois; elles ont toujours été sociales du côté populaire. Mais chaque fois le mom·cmcnt a dévié et s'est perdu dans une duperie. L'on a dit que la ReYolution de 89 fut une jacqt1cric qui réussit. Hélas! Les paysans gui soutinrent en 89 et 93 la bienfaisante révolution politique des bourgeois, uniquement parce qu'ils espéraient qu'elle serait sociale pour eux, se trouvèrent finalement dupés et trahis par la. bourgeoisie, comme l'avaient été leurs ancêtres les Jacques par Étienne Marcel, comme les volontaires de la République furent ensuite Yoles du milliard des biens des émigrés qu'on leur aYait promis. Les fonctionnaires ont été de plus en plus soldés et domestiqués par la classe bourgeoise. Le sauvage industrialisme a amené la concentration des capitaux et la subordination de la masse aux intérêts d'un petit nombre, partant les deceptions, l'irritation du labeur insuffisamment payé, la colère de la souffrance imposée comme une fatalité. La spéculation a été la cause primitive de l'accroissement illégitime de la richesse, laquelle a amené le renchérissement de la Yie; un systéme d'impôts a été organisé pour peser sur les seules classes pauvres, en vue du dégrévcment des classes riches, qui perpétuent en cc siècle l'ancien privilcge de la noblesse, d'être en grande partie cxonfrcc de l'impôt. Bref, la Revolution n'a su resoudre la question de la propriété du sol, autrement que pour exproprier la noblesse et le clergé au profit d'une bourgeoisie encore plus égoïste, encore plus accapareuse. Or, les conséquences des avortements successifs des mouvements révolutionnaires ont assez duré. L'exploitation doit cesser. Le Parlement actuel représente le triomphe solennel de labourgeoisie, à l'ultime apogée de sa puissance; il est à l'aboutissement du courant politique qui a porté une fraction du peuple au pouvoir. La Fra1fre, a trés !)ien écrit notre regretté ami Fernand Maurice dans la belle partie critique de son livre sur La Réforme agraire et la 111.isèeren France, la France, plus ou moins consciente de sa conduite, a marché avec la bourgeoisie, croyant arriver avec elle et par elle à une brillante destinée. La bourgeoisie a mené la France à une impasse. Reste le courant populaire, le courant socialiste; celui-là n'est pas amorti. Les travailleurs n'ont obtenu encore aucune satisfaction; leur condition, au contraire, a empiré. Ce sont eux qui, exaspérés de leurs souffrances, vont, par l'importance de leurs revendications, disposer de l'avenir. De quelle façon? Est-il trop téméraire d'essayer de le définir ?

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