La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

522 LA REVUE SOCIALISTE C'est pour vous, trop souvent, que l'homme est avide d'argent. C'est pour vous faire belles et joyeuses, pour vous vêtir de soie et vous parer de dentelles, pour mettre sous vos petits pieds l'épaisseur des tapis ou des pelouses vertes, pour vous c1wironncr de fleurs, de fêtes, de plaisirs, qu'il poursuit la richesse avec une âpreté impitoyable. A vous donc de modérer cc brutal appétit de chercheur d'or! A vous, si vous voulez être vraiment charitables, de lui persuader que vous auriez le courage de réduire votre avoir et votre superflu! A vous de lui montrer que Yous seriez plus heureuses, s'il payait davantage ses ouYricrs, s'il acceptait des lois d'impàt ramenant sa fortune et la vôtre a un niveau moyen! Qui donc, sinon vous, pourra lui faire admettre que vos fils ont plus a gagner qu'a perdre à ne pas être de riches oisifs, et vos filles des hériti<:rcs à grosse dot? Je voudrais encore (mon désir est hardi) que le jour oü il vous dira du mal des socialistes, ces affreux mécontents qui réclament à grand tapage une meilleure répartition des biens de la terre, votre bon sens ou votre bon cœur tentât de lui insinuer qu'après tout ces gensla s'efforcent de détruire la guerre et la miserc, de sam·cgardcr l'indépendance et la dignité de la femme, d'assurer à tous les enfants. la faculté de se développer comme à tous les Yieillards celle de finir en paix, que par suite ils méritent peut-être quelque attention et quelque estime. En conquérant ainsi les hommes aux concessions nécessaires, en élevant vos fils et vos filles dans la volonté d'être justes a\'ant tout, j'ose dire que vous feriez, Mesdames, plus que vous n'avez jamais fait pour le bonheur des vôtres. \'ous seriez la Sagesse et la Bonté assises au foyer domestique et le protégeant. * * * . Et maintenant c'est à vous que je m'adresse, citoyennes, s'il est permis de \'Olls appeler ainsi par anticipation; à \'OllS les sans-dot et les sans-héritage, à vous les opprimées, les exploitées, les sacrifiées, traitées en scrYcs par la société et par les hommes qui l'ont faite cc qu'elle est, victimes privilégiées de l'inégalité naturelle et sociale, puisque, étant les plus faibles, ,·ous avez les charges les plus lourdes, les salaires lès moins r(:munératcurs, les conditions d'existence les plus pénibles. Je serai court. Qu'ai-je besoin de vous parler longuement? Est-cc que le prolétariat féminin n'a pas les mêmes intérêts que le prolétariat masculin? D1'.:jàquelques-unes de vous marchent a nos côtés, compagnes résolues de nos luttes et de nos espoirs. Honneur a cc bataillon

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