La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LETTRES SOCIALISTES 523 ' d'avant-garde! Mais beaucoup parmi vous, probablement le plus grand nombre, sont des résignées, des passives, de vraies souffre-douleur! Elles subissent comme une fatalité le sort qui leur échoit. Elles tournent dans le cercle des mesquines besognes journalières avec l'inconsciente apathie du cheval de manège. Elles vont du berceau a la tombe, ployées à tous les despotismes, dociles à toutes les traditions, effrayées de toutes les idées ncuYes, hostiles par ignorance ou timidité a tout ce qui a l'apparence d'une révolte. Elles ne subissent pas seulement l'infériorité où on les maintient; elles l'acceptent et la légitiment presq,ue en l'acceptant. Qu'un autre vous vante la sublimité de l'immolation perpétuelle, les charmes de l'effacement et de l'humilité! J'estime que le mal doit beaucoup de ses triomphes a cette retraite ttop prudente des énergies bienfaisantes. J'estime qu'il est plus brave d'agir, plus moral de se dresser en face de l'iniquité, plus beau d'être un soldat du droit qu'un ange du renoncement. Faut-il donc que la moitié de l'humanité se laisse trainer, comme une masse de plomb, vers un avenir qui lui importe autant qu'à l'autre moitié! ÉYcillcz-Yous enfin de cette torpeur ! Secouez l'humeur servile, fruit de votre longue sujétion! Osez désirer, et, cc qui vaut mieux, YOul,oirla fin de l'injustice séculaire qui Yous écrase. Le courage patient ne vous fait pas défaut; \'OUS l'avez prouYé en mainte occasion solennelle. Je vous ai vues, pendant le siège de Paris, en un temps où le danger commun commandait l'apparence de la fraternite, oü la disette forçait au partage équitable des vivres entre tous, c'est-à-dire à un essai proYisoire et partiel de socialisme, je vous ai vues, les pieds dans la boue glacée, sous.la neige et les obus qui pleuvaient, supporter sans YOUSplaindre les interminables stations à la porte des boucheries et faire honte à qui parlait de se rendre. Votre endurance, souvent héroïque, vous la prouvez encore tous les jours. Sachez seulement l'employer à mieux qu'à souffrir. L~s alliés ne vous manqueront pas dans votre effort vers le mieux-être. Ils sont ayec vous, tous les déshérités, tous ceux qui mettent leur suprême espérance dans la victoire prochaine du socialisme. Ils ne vous oublient pas dans leur programme de réformes; ils ont fait de votre cause la leur. Comprenez, il en est temps, que leur cause est aussi la vôtre. Soutenez de toute votre force, qui est grande, leurs justes revendications. _ .. • Il ne s'agit pas de faire de vous des hommes en jupons. Grands dieux! non. Tout au contraire, gardez-vous de -tout ce qui pourrait aller i l'encontre de Yos aptitudes naturelles. Ne mettez point votre ambition à devenir en tot,t domaine les rivales et les concurrentes de l'homme. Ceux qui Yous conseilleraient pareille chose vous égare-

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