LETTRES SOCIALISTES 521 liYres de théorie, de vous aventurer dans le fourré d'épines des discus- • sions économiques. J c serais content, si vous aviez seulement une tendance socialiste, j'entends par là la con \'iction que la société actuelle doit être 1Hormée en faveur des pauHes. Vous avez mille occasions de la manifester, cette tendance; et vous pouvez beaucoup sans sortir de chez Yous. Un conseil, un mot, un sourire de votre bouche ont sur ceux gui vou1 entourent une influence que je n'aurai pas la naïveté de YOUloir Yous révéler. Je vous souhaiterais d'abord l'esprit de justice. Dans les milieux bourgeois, on est volontiers dédaigneux pour les travailleurs, sous prétexte qu'ils manquent d'élégance, de distinction, de grâce, de belles manières. C'est à vous surtout, Mesdames, qu'ils inspirent une sorte de répugnance instinctive. En votre qualité de femmes, Yous êtes plus sensibles aux défauts extérieurs. Eh bien! Rbgisscz contre cc penchant à juger les gens par le dehors. Faites effort pour vous rappeler que vous n'avez sur votre blanchisseuse ou votre couturière qu'une supériorité de hasard gui Yous oblige à plus de politesse, à plus de douceur, à plus de bonté. Je ,·ous dirais bien : songez à l'égalité que prêche le christianisme. Mais le pape se moquait naguère d'un député qui a été coiffeur de son métier; il oubliait qu'il prétend représenter un Dieu qui naquit fils de charpentier. N'oubliez pas, vous, que paysans et ouv_riers, ouvriéres et paysannes, sont les auteurs de votre bien-être, les artisans de votre luxe, mieux que cela, des hommes et des femn1es ayant autant de droits et infiniment plus de peine que vous. Respectez les mains noires et les blouses et réservez vos mépris aux jolis jeunes gens gui ne font rien, sinon manger les écus de leurs parents en débauchant les filles pauvres et en guettant les héritières. Les égards que vous aurez pour les petits vous prépareront à votre rôle, qui est de servir de médiatrices entre les classes ennemies. Ayez ensuite l'esprit de sacrifice. Et je n'entends point par li qu'il vous faut faire des charités plus larges. Quand vous jetteriez tous vos diamants et tous vos bijoux dans le gouffre de la misére, ce serait li peu près comme si vous jetie.z un verre d'eau dans le Sahara. Vous sauveriez, je ne le nie pas, quelques individus; vous soulageriez quelques détresses, et c'est assez pour que votre bonne volonté soit méritoire. Mais avez-vous jamais pensé à ceci : à quoi bon secourir quelques misérables, si l'organisation du monde ou ils végètent est calculée de façon à en refaire par milliers et par millions? Pourquoi donner d'une main, quand de l'autre, par l'entremise de la classe à laquelle vous appartenez, vous reprenez aux pauvres ce qui pourrait leur faire une vie digne d'être vécue? • • Ce n'est pas notre faute, criez-vous. - Si, Mesdames, souvent.
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