LETTRES SOCIALISTES Qui donc a dit : « Si tous les voleurs et toutes les courtisanes avaient trouvé, en venant au monde, une famille honnête, une fortune assurée et une éducation saine, il n'y aurait ni voleurs ni courtisanes. Ceux qui auraient embrassé quand même cette carrière <lange• reuse auraient été des maniaques; celles qui auraient choisi ce métier de rebut auraient été des malades ». C'est sans doute un révolutionnaire qui parle ainsi, à moins que ce ne soit un écrivain que vous avez coutume d'applaudir (r). Croyez-moi, ne parlons pas de pitié en faveur de ces infortunées ; ,parlons de justice, cela vaudra mieux, et envisagez bravement l'horrible inégalité des chances de vertu et de bonheur dans ce milieu social qui fait d'elles des parias, quand il fait de Yous des épouses honorées et des ml'.:resheureuses. Mais je vous entends. Heureuses! Vous ne l'êtes pas toutes, il s'en faut. Et point n'est question ici des souffrances qui sont indissolublement attachées à la nature humaine. Vous non plus, vous n'êtes pas à l'abri des maux que la coutume et la convention ajoutent a ceux qui sont la condition même de la vie. Vous aussi, vous avez un intérêt direct à la réforme de cette société où vous occupez pourtant une place de faveur. Il en est beaucoup parmi vous quî n'ont pas eu à se louer du mariage-trafic, de cette prostitution légale que l'usage autorise, que l'église bénit et que le monde respecte. Une dot, même une grosse dot, n'est point une garantie d'amour. Un beau mariage est souvent un divorce moral qui commence le lendemain des noces. Or, qu'est-ce que l'union d'un homme et d'une femme, fût-elle dix fois légale et bénite, quand l'affection en est absente? Rien qu'un comn1erce bas et répugnant. Rien qu'une chaîne lourde et meurtrissante. Ah! certes, il vous parait souvent inique et dur que l'homme qui ·vous a prise pour femme moyennant une rétribution débattue puisse se dérober à l'exécution du marché, sans que vous puissiez lui dire : Rendez-donc l'argent, s'il vous plait! Il vous est cruel de songer que vous êtes sa sujette à perpétuité, que vous ne pouvez sans son aveu disposer de votre fortune, pas même <lu fruit de votre travail; qu'éter-· nelle mineure, même le jour oü votre maître a disparu, vous ne pouvez pas seulement être tutrice de vos enfants. Et vous souhaitez alors que la femme devienne la vraie compagne (1) Alex:rndrè Dumas fils, préface· de la Dame aux Ca111élia;.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==