LA REVUE SOCIALISTE beaucoup d'or, de cet or qui purifie tout. En ce cas-la on cite leurs mots, on admire leurs équipages, on copie leurs toilettes : elles sont des puissances qu'on redoute et même qu'on envie. Cc n'est pourtant pas a celles-la que je songe : je ne veux point (assez d'autres le font) vous qévoiler les affriolants mystcrcs de leurs boudoirs et de leurs sayants mancges. Je vous invite seulement a jeter un coup d'œil (pour un instant, rassurez-vous !) sur le menu fretin des femmes galantes. • • D'oü viennent-elles, ces filles qui encombrent les trottoirs, qui s'offrent a tout venant, qui sont toujours, comme dit l'autre, a marier le soir même? Hélas! neuf fois sur dix, ce sont des filles paunes qui ont fait le même calcul que cc beau jeune homme, naguère sans le sou, auquel vous ouvrez votre maison toute grande, depuis qu'il a épousé cette demoiselle si laide et si riche. Elles se son.t dit, comme lui, qu'il est dur de travailler, quand le travail rapporte si peu; qu'il est sot de se donner tant de peine pour Yivrc chichement, quand il est si facile de monnayer sa jeunesse et sa beauté. Puisque l'amour est une marchandise, ch bien ! clics s'en établiraient marchandes; quant aux acheteurs, clics n'en manqueraient pas de sitôt, a coup sûr ! Bien plus excusables en raisonnant ainsi que le joli coureur de dot. Car clics sont faibles et clics ont pâti sans relâche; elles sont faibles et, des leur adolescence, elles ont dû accomplir des travaux dis-. proportionnés que l'on payait mal, sous prétexte qu'elles étaient femmes ; elles sont faibles et elles ont été tentées, assaillies, débauchées par des messieurs parmi lesquels vous trouveriez sans doute, Mesdames, vos frères, YOSmaris, vos fils. Il arriYc fréquemment qu'elles ont aimé une fois; mais il leur en a coûte cher de s'être données a quelqu'un qui les a laissées la, fillcsmércs, sans ressource et sans aycnir; rejetées dés lors par le monde et condamnées sans rémission pour une faute oü elles n'étaient pas même de moitié, forcées de choisir entre le réchaud qui donne la mort et la débauche qui donne du pain, elles ont préféré se vendre et elles prennent maintenant sur d'autres hommes leur revanche du premier qui les a trompées. Oui, Mesdames, leur métier est vil, aussi Yil que triste, aussi triste que périlleux pour leur santé et pour celle d'autrui. Mais si vous calculez la somme d'h<.':roïsmc (je ne dis rien de trop) qu'il faut a une fille paune pour résister aux belles paroles des don Juan de barrière ou de salon, a la fièvre des sens, a la contagion du mauvais exemple, aux impérieux conseils de la faim, au désir si légitime d'avoir sa part de joie et de bien-être, en est-il beaucoup parmi vous qui oseraient dire en toute conscience : Je ne serais point tombée comme ces femmes perdues?
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