LETTRES SOCIALISTES Ah! Mesdames, qui gardez jalousement et serrez contre YOusvos filles, qui les couvez, peut-on dire, sous YOSjupes (surtout si vous êtes françaises), songcz-Yous que les filles d'ouHicrs et de paysans, dès leur treizième année et même annt, quand elles sont censées avoir terminé leurs études, c'est-à-dire quand elles savent lire, écrire et compter, sont forcées de quittcr le logis partcrnel et de partir seules, sans appui, sans guide, pour la chasse aux gros sous ? Je ris vraiment (on rit parfois pour ne pas s'indigner), quand j'entends quelque honnête bourgeois rappeler gravement que la place de la femme et plus encore de la fillette est au foyer domestique, sicge de toutes les vertus. Pardieu oui! Mais il faudrait d'abord leur donner la possibilité d'en avoir un et d'y rester. Point de bouches inutiles au foyer du pau\Tc ! Chacun doit apporter sa part au budget, gagner son morceau de pain et son assiettée de soupe. En route donc les gamines ! Vite, vite, prenez le métier qui ,·ous occupera le plus tôt! Celles-ci entrent à l'atelier, à l'usine. Et c'est aussitôt la promiscuité corruptrice avec les grandes, les couÎ'scs interminables pour aller à la besogne et en revenir, les fHneries périlleuses dans les rues, au sortir des abrutissantes journées de dix ou douze heures. C'est, tout le long du chemin, la poursuite acharnée des hommes, camarades en veine de galanterie, jeunes oisifs au gousset bien garni, vieux Messieurs friands de chair rose et fraiche. C'est, dans la fabrique même ou dans le magasin, le caprice sournois d'un inspecteur, d'un contre-maître, dont il faut fléchir la rudesse et acheter la faveur. Pour réconfort, des repas ou le vin est un luxe inconnu, ou la viande chaude est une rareté, et, le soir, quand clics rentrent à la maison, exténuées, brisées, combien en est-il qui ont pour se reposer autre chose que la chambre commune ou crient les marmots et ou couchent les parents? Privilégiées celles qui trouvent dans une soupente sans air l'apparence d'un chez-soi. Parlez-leur donc des belles années de la jeunesse, à ces petites ouvrières pour qui un bout de ruban ou un boµquet de deux sous sont des excès de dépense qu'on leur reproche! Celles-la se font servarrtes. Elles sont logées, nourries, chauffées; elles mangent à leur faim, boivent à leur soif, avantage immense et passionnément envié : la preuve en est qu'il ne manque jamais de servantes dans les buteaux de placement. Mais gare à la maîtresse acariâtre ou au maître trop aimable ! Gare au mal du pays, à l'anémie, à la consomption, si elles ont quitté les champs pour l'atmosphère empestée des. grandes villes ! L'hôpital les guette. On peut les compter celles qui reviennent saines et fortes dans le village d'ou elles sont parties les joues roses. D'autres - non point des savantes, mais des intclli 6 enccs ouvertes
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