CONGRÈS SOCIALISTES Voici la liste, pour l'exerci_ce 1894-1895, des douze membres du conseil national du Parti ouvrier : Carnaud, Chauvin, Jourde et Guesde, députés; Crépin, Dereure, Ferroul, Lafargue, Prévost, Roussel, Zevaès et la citoyenne Aline Valette. Après la question du socialisme appliqué à l'agriculture, ce fut la question « Le Socialisme et les Grèves » qui fut la plus approfondie. A cause de l'importance de cette question, qui prima toutes les discussions du congres corporatif dont nous allons parler, nous tenons a reproduire dans son intégralité la résolution adoptée par l'unanimité . du congrès du Parti ouvrier: Le Parti. ouvrier, c'est-à-dire la partie consciente et organisée du prolétariat, •ne voit - et n'a jamais vu - dans les grèves que les conséquences naturelles et nécessaires de la société capitaliste basée sur l'antagonisme des intérêts et des classes. • Les conflits qui éclatent entre le travail et le capital sont la manifestation et la condamnation en même temps du désordre économique que l'on voudrait nous faire àccepter comme l'ordre par excellence. Le socialisme ne pousse pas aux grèves; il ne les provoque pas, parce • que, même là où, par exception, elles viennent à aboutir, elles laissent subsister pour les travailleurs le1,1rsconditions de prolétaires et de salariés. Mais il en tient compte comme d'un fait, lequel détermine sa conduite et ses devoirs. Nul ne saurait songer à interdire la grève aux travailleurs, parce que, dans le régime économique actuel, ils n'ont pas - si insuffisante soit-elle - d'autre arme pour la défense de leur gain et de leur dignité. Les détourner de la grève, ce serait les découvrir devant le patronat, excité à ne mettre aucun frein à ses appétits d'exploitation. Notre devoir est, au contraire, partout où le conflit se produit, de prendre la défense des grévistes. Moins nous sommes des fauteurs de grève, plus nous devons nous porter au secours des travailleurs contraints à se refuser à un travail devenu intolérable. Instrument inégal et partiel de défense dans la présente société, à plus forte raison la grève ne saurait-elle être - même généralisée - l'outil de l'affranchissement ouvrier. Préparer la grève générale, ce serait conduire le prolétariat dans une impasse, le diviser contre lui-même en grévistes et non grévistes ; ce serait • immobiliser, dans la lutte pour la libération commune, les traYailleurs des campagnes et organiser nous-mêmes notre défaite. C'est sur le terrain politique que _le prolétaire est l'égal du capitaliste, supérieur même au capitaliste, puisque les prolétaires sont le nombre. Ce n'est que par l'action politique, par la conquête du pouvoir politique, que les travailleurs organisés pourront s'émanciper en socialisant les moyens de production, de transport et de distribution des produits. Les Trade's Unions d'Angleterre, c'est-à-dire les plus puissantes organisations corporatives d'Europe, viennent de reconnaître et de proclamer cette nécessité à leur congrès de Norwich. Elles ont été suivies dans cette voie par l'Union générale des· travailleurs d'Espagne.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==