REVUEDES REVUES 499 donne de merveilleux vers du poète belge Emile Verhaeren, une description de la Bourse qui est d'un grand artiste et d'un philosophe : Comme un torse de pierre et de métal debout Avec, en son mystère immonde Le cœur battant et haletant du 111,.onde, Le monument de l'or dans les ténèbres bout. Cyniquement, tel escompte l'éclair Qui tue un peuple au bout du monde Dans l'or et dans le sang qui se confondent; Les chimères volent au clair ; Marchés conclus, marchés rompus Luttent et s'entrebutent en disputes, L'air brùle - et les chiffres paradoxaux En paquets pleins, en lourds trousseaux Sont rejetés et cahotés et ballottés Et s'effarent en des bagarres • Jusqu'à ce que leurs sommes lasses Masses contre masses Se cassent. Puis, c'est la fièvre, la folie de l'or, de l'or « torride et infâmant », et vers lui La priere unanime qui gronde De l'un i l'autre bout des horizons du monde. Nous ne pouvo11s que citer ces fragments dont l'expression et le rhythme ont un caractère trop étrangement musical, dont la pensée est trop puissante pour qu'on les déflore en les commentant. Les grandes idées créent les grands poètes. Ceux-ci ne font presque toujours qu'amasser en eµx les sentiments de ceux qui Îes entourent pour leur donner une glorieuse expression. fis sont d'admirables miroirs où tout un peuple se reflète, et c'est pourquoi souvent ils semblent des prophètes. Ils sentent les mouvements d'idées alors même que ces mouvements ne sont encore que de sourdes poussées. Leur sensibilité les guide ainsi plus sûrement parfois, toujours plus vii:e, que ·1a logique du savant. • Le mouYement de révolte contre la contrainte centralisatrice, mouvement que les succès du socialisme accentuent de jour· en jour, est une tendance encore presque inconsciente des masses, mais à laquelle le génie ·des poètes a su donner son véritable cara-ctère. La reconstitution de la langue littéraire provençale par Mistral et les félibres qui l'entourent est plus instructive à cet égard que bien des résolutions de comités locaux. Les premières pages d'tpe belle étude sur FrédéricMistrnl, que M. Gaston Pâris publie dans la REVUEDE PARIS(nu~éro d'octobre),
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