La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

500 LA REVUE SOCIALISTE nous donnent sur ce mouvement d'intéressants détails, nous montrent de l'auteur de Mireille un aspect assez ignoré : « Si jamais il a été wai que la poésie soit de l'action retenue, c'est de Mistral qu'il faut le dire. Le rêve de sa vie a été l'action; ce qu'il a accompli a toujours été à ses yeux une forme de l'action à laquelle il aurait voulu pouvoir en joindre une autre plus ardente. « Que ne vivons-nous, me disait-il, dans une époqne fougueuse et désordonnée comme celle de la Rcvolution ! Avec le puissant levier de la langue natale dont je connais seul la force, j'aurais soulevé les populations du M_idi; j'aurais, tribun passionné, su déchaîner et contenir les foules; j'aurais fait reluire de nouveau dans l'histoire le nom et l'épée de la Provence! » Il y a certes là un peu trop d'enthousiasme poétique et méridional; pourtant on ne peu\ se refuser à y voir une grande part de vérité. La campagne à laquelle Mistral s'est tout entier consacré a étc commencce, il l'a dit lui-même, « comme une farandole déroulant sa bruyante spirale au son des tambourins et des galoubets ... Mais celui qui la mène n'a jamais perdu de vue le but qu'il poursuit au travers de tous ces dctours et de toutes ces gambades; sous sa guirlande d~ fleurs et de pampres, il a toujours cru, comme le tyrannicide athénien, presser une arme de guerre et de délivrance : l'avenir dira si l'épée n'était qu'une batte ou si elle avait le tranchant qui frappe et sépare; cc qui n'est pas douteux, c'est la conviction, c'est l'ardeur de celui qui l'a préparée pour la dcfcnsc ou pour l'attaque )). Quant au plan du poète, il ne manquait pas- d'une certaine grandeur, « il ne se bornait pas à la Provence : il embrassait le Languedoc, le Dauphiné, l'Aquitaine, le Limousin, l'Auvergne et même la Catalogne, et il s'agissait de créer pour tout cc domaine une langue littéraire commurie et une certaine unité d'inspiration et d'action )). Ce serait là de la d.ccentralisation encore bien centralisatrice. On peut discuter les rêves du poète, on ne peut nier les tendances qu'il affirme et auxquelles il a su donner plus de force et de vie en les précisant davantage. PAUL LAGARDE.

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