La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

42 LA RE\'UE SOCIALISTE pour expliquer cette autorité, il adoptait ~on cpouse, ,i~ l'admettait dans sa demeure comme sa fille ; la format10n costale d Eve est sans doute un simulacre d'adoption, qui devait se pratiquer chez les scmitcs au début du patriarcat. IV LE MYTHE DE CA!~ ET n' ABEL Ce mythe, un des thémcs favoris de la poésie romantique depuis Byron, présente une grande unité et ses dctails ne sont pas d'importation étrangère; ils appartiennent tous à la nation sémite, du moins à un peuple pasteur, réfractaire à la vie sédentaire et à la culture de la terre. Diodore de Sicile rapporte que de son temps, les tribus des sémites Nabathécns défendaient sous peine de mort de semer du blé, de planter des arbres et de construire des maisons. Les Hébreux ont dû avoir, à un moment donné de leur histoire, cette haine intense pour le travail de la terre, qui rend impossible la vie nomade et qui interdit aux troupeaux l'acccs des champs plantes et ensemencés; toute· culture est une restriction du droit de pâturage, le premier et le plus important des droits pour un peuple pasteur. La Genése nous dit qu'Abraham et Lot durent se séparer à cause des incessantes querelles de leurs pâtres au sujet des pâturages et des sources; Esaïe et Jacob durent aussi se quitter pour une semblable raison (ch. XIII et XXXVI); les disputes et les luttes ont dù être encore plus fréquentes entre les pâtres et laboureurs, quand ceux-ci curent la prétention d'interdire aux bestiaux leurs champs cultivés. Le laboureur Caïn tua probablement dans une de ces rixes le pâtre Abel, dont les bêtes détruisaient ses clàtures et broutaient ses cultures. Le Kalevala, l'épopée populaire de la Finlande, raconte un fratricide qui reproduit sans doute dans leur sauvage brutalitc les scènes que la Gencsc n'a pas rapportces : « La fière brebis d'Untano brouta l'avoine que Kalervo avait semé; le chien farouche de Kalervo dévora la brebis d'Untano, - Untano entra en fureur et vociféra des menaces de mort contre Kalen·o ' son propre frère. Il jura d'abattre sa maison, d'y massacrer grands et petits, d'exterminer tous les habitants et de la brûler jusqu'à la cendre. - Et il arma ses hommes, il donna aux forts des glai-\'es, aux faibles et aux enfants des cpieux, et il marcha à un combat sanglant, a une guerre sans merci contre le fils de sa mcre. - ... Ils sont arrivés ... - Ils taillent en pièces la troupe de Kalcrvo, massacrent la g.rande race,

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