LE MYTHE D'ADAM ET D'ÈYE ..J. 3 brùlent son habitation et la rasent au niYeau du sol aride. Une seule femme échappa au désastre, une femme portant un enfant dans son sein » (Chant XXXI). Le Dieu d'un peuple pasteur ne pouvait s'empêcher de prendre parti pour le pâtre contre le laboureur, dans leurs disputes ; c'est cc que ne manqua pas de faire Iahvé; « il eut égard à Abel et à ses offrandes, mais il n'eut point d'égard à Caïn et à ses offrandes » (ch. IV, §§ 4 et 5). Le meurtre d'Abel réclamait vengeance. Le talion, la prcmiérc notion de justice rétributiYe qui apparaisse dans la tête humaine, ne .s'exerce jamais dans toute sa rigueur entre membres d'une même famille ou d'un même clan, lorsqu'il y a du sang yersé. Voici la raison de cette infraction à la simple et inflexible logique du sauvage et du barbare : tous les membres d'un clan se considcrent comme issus d'un même ancêtre; le même sang coule dans leurs Ycincs ; répandre cc sang est à leurs yeux le plus grand crime qui se puisse commettre. Un sauvage, dans un acccs de folle fureur, peut tuer un membre de sa famille, mais jamais, de propos délibéré, il ne consentira à se souiller du sang de son clan, même pour venger la mort d'un parent: l'exil est le seul chfltimcnt que les nations primitives infligent a un homme qui a tué un membre de son clan; c'est seulement quand le meurtrier est un étranger que le talion s'applique dans toute sa rigueur : sang pour sang, mort pour mort. Mais l'exil est une punition terrible; celui qui en est frappé est Yagabond et fugitif; il devient « une tête de loup » w11lf beofold, disaient les anciens Saxons; il n'a aucune protection contre les clans qui entourent celui dont il Yient d'être expulsé. Caïn tremble et pleure en apprenant son sort : « Ma peine est plus grande que je ne puis porter, s'écrie+il douloureusement ..... je serai vagabond et fugitif et il arrivera que quiconque me trouYcra me tuera» (ch.IV,§§ 13 et 14). Les peuples sauvages pourchassent comme une bête fauve tout indiYidu rencontré sur leur territoire; les Peaux-Rouges d'Amérique lui coupaient le nez et le renvoyaient dire aux chefs de son clan qu'à la prochaine occasion, ils le scalperaient. - Iahvé, à qui Caïn avait adresse sa plainte et qui, en cette circonstance, représente le conseil des anciens de son clan, lequel ne veut pas sa mort, lui donne « une marque, afin que quiconque le trouverait ne le tuât point»; il menace même que « quiconque tuera Caïn sera puni sept fois daYantage » (ch. IV,§ 15). La marque de Ialwe lui sert de sauf-conduit et lui permet de traYcrscr les tribus avoisinantes et de gagner le pays de Nod, le pays de la fuite, situé vers l'Orient de !'Eden. Parvenu au pays de Nod, Caïn s'arrête, bâtit une ville et commence une nouvelle lignée : plusieurs de ses descendants retournent
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