La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE gagent par avance à cesser le travail quand un ou plusieurs d'entr'eux auront à se plaindre du maître. La grève s'appelle « Tric ». Tric est un mo·t inventé par les compagnons, dit un règlement cité par M. Hauser « pour lequel, et incontinent après la prononciation d'iceluy ils delaissent leur ouvrage. » La grève des compagnons imprimeurs Lyonnais fut déclarée au printemps de 1539. Nous en avons vu les motifs: suivons-en les péripéties sur l'exposé même qu'en fait l'arrêt de jugement du sénéchal de Lyon. Il semble qu'au début la grève ne fût pas générale, car le procureur du roy reproche aux grévistes d' « avoir laissé leur besoigne et débauché grand nombre des autres compagnons et apprentis, les menaçant de ·battre et mutiler s'ils besoignaient et ne laissaient la dite oeuvre et imprimerie comme eux». En 1539, comme aujourd'hui, c'est donc à la violence de quelques turbulents meneurs qu'on attribue les causes du chomage concerté. Sans ces éléments perturbateurs, la majorité des ouvriers resterait sage. Le procureur du roi énumère ensuite avec force les méfaits auxq ucls se sont livrés les grévistes, les atteintes nombreuses portées par eux à la liberté du travail, dirait-on en 1894. Il nous montre « les dits compagnons et apprentis imprimeurs vagants et comme vagabonds parmi cette Yille de Lyon jour et nuict, la plupart d'eux portants espées et bastons inYasibles et faisants plusieurs excès contre les dits maîtres et autres». Alors, comme aujourd'hui, l'autorité veut réprimer les atteintes à la liberté du travaii et court sus aux grévistes. Mais, en r 539, elle ne disposait pas de l'unité d'action et partant des moyens de répression rapide qu'elle possède aujourd'hui. Elle ne pouvait en quelques heures masser des troupes considérables sur un . point donné ni en appeler du dehors. Aussi, nous dit-on que les ouvriers « se sont rebellés contre justice et les sergents et officier d'icelle, ont battu le préYôt et les sergents jusqu'à mutilation et effusion de sang; et y a innumérables informations et decrets de justice à les prendre au corps, cc qu'on ne peut faire ni exécuter à cause de leurs monopoles et qu'ils se trouvent forts. » La grève durait depuis trois mois et le «monopole», c'est-à-dire l'association, ne manifestant pas l'intention de reprendre le travail aux conditions fixées par les patrons, ceux-ci assignèrent les ouvriers deYant le sénechal. Cinq d'entr'eux comparaissent au nom de la confrcric, et là ecoutez la défense des patrons : ne croirait-on pas lire ui1e déposition patronale faite dcYant le tribunal de Bcthune ou Rive-de-Gier : « Les dits maistres disaient qu'il en a partie des dits compagnons qui voudroicntfaire leur devoir et bcsoigner et iceux qui ne voudroient laisser l'œuvre avec les débauchés sont battus et mutilés.. » Après cette sortie contre les meneurs, ils se plaignent qu' cc il en a d'aucuns qu'on ne peut contenter de nourriture soit en vin, pain et pitance. » Les patrons propo-

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