La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DES REVUES Raison de plus; dirons-nous, pour retrouver à cette époque de dissolution, les efforts de l'Église tentant de sauvegarder la plus importante de ses créations. Car l'avénement des conflits ouvriers et patronaux en France au seiziéme siécle coïncide aYec un renom·eau de l'esprit religieux. C'est l'époque, en effet, des progrés du protestantisme, et l'Église, reveillée brusquement de sa torpeur sous la menace d'une révolte générale, réagit violemment contre la pénétration anticatholique qui met ses priviléges en péril. Elle s'empare alors, à la lettre, du pouvoir politique. En 1539, François Ier n'est plus que • l'ombre de lui-même. En réalité, le vrai roi de France était cette trinité scélérate qui livra la France à Charles-Quint et au pape : le cardinal de Lorraine, le cardinal de Tournon et Montmorency. Ce sont li les chefs effectifs du gouvernement. Et, comme on pense, Montmorency n'est que l'instrument de la politique cardinalice qui couuait déjà la France de bûchers. A partir de 1530, et même de I 5 2 5, jusqu'à Henri IV, c'est-à-dire pendant trois quarts de siécle, l'Église gouverne. A l'heure où nous sommes, en I 539, son action est d'autant plus •puissante que le protestantisme sourd à peine dans les consciences ' françaises et qu'elle déploie pour l'abattre une énergie im111ense. Voyons donc quels sont, sous son gouvernement paternel, les rapports entre ouvriers et patrons et comment elle fait interYenir le pouvoir central, quand le pouvoir communal. est impuissant à les accorder. Tout d'abord nous constatons que la nature de ces rapports était alors à peu prés la même qu'aujourd'hui. Cependant l'ouvrier est plus rapproché du maître. Le patronage, que l'école de Le Play et les catholiques célébrent à l'envi, peut s'exercer en toute latitude, car l'ouvrier imprimeur, lisons-nous dans les pièces rapportées par· M. Hauser, est nourri chez le maître: Cela n'empêche qu'il ne soit. contraint de chercher dans l'association syndicale la force nécessaire à la défense de ses intérêts. Les ouvriers de Lyon étaient donc groupés en confrérie et les patrons en corporation. L'une et l'autre se réunissent fréquemment. La confrérie des ouvriers· a une « bourse commune » alimentée par les cotisations des membres; ses chefs, c'est-à-dire le bureau, sont connus, puisqu'en I 539, on assigne cinq d'entre eux en justice, tant pour répondre de leurs propres délits que de ceux commis par leurs « consorts i> ; en d'autres· termes, tous les membres du Syndicat. Les griefs invoqués· par les ouvriers pour légitimer leur cessation de travail sont les mêmes que ceux qui déterminent lesgréves d'aujourd'hui: multiplication des apprentis, que les patrons exploitent à bas prix et dont la concurrence entraîne forcément la baisse des salaires ; outre la baisse des salaires, les ouvriers se plaignent que la nourriture fournie par les maîtres soit insuffisante ; enfin, ils sont mécontents des réglement~ d'ateliers. En entrant dans la confrérie, les ouvriers s'en1. 3I •

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