LA REVUE SOCIALISTE qu'on pénctrc plus avant, qu'on étudie la distribution des pièces, les moyens de communication entre clics; l'exiguïté des corridors, la raideur des escaliers, l'humiditc des murs, les incommoditcs de toute nature font bien vite oublier la pcrspectiYc sereine et riante que, l'imagination aidant, on avait trouvée tout d'abord à cette antiquité tant vantce. Sans compter qu'aux murs subsiste encore la trace des carcans oü l'on attachait les justiciables; que les salles de torture, étroites, sans jour, rappellent les pénalités barbares de l'époque. Car n'en déplaise aux doctes théologiens qui s'escriment à faire une synthèse sociale harmonieuse du moyen-âge et de l'ancien régime, mais quelque effort qu'ils tentent pour purifier et parer ces siècles, ils ne dissiperont jamais cnticrcmcnt l'odeur de souffre qui s'en exhale. Sous leur ciel doré, enluminé par eux pour embellir l'horizon, on entend des grincements de dents, on entrevoit des faces convulsées, la torsion de visages grimaçants que la douleur fait contracter en un rire d'agonie effrayante. Il y avait bien le prêtre, le clerc qui portaient aux souffrants et aux misérables la consolation avec l'espoir des divines rccompcnses devant, dans un avenir prochain, racheter tant de misères par une profusion infinie de joies ineffables et continues. Mais le prêtre, qui pouvait si peu sur le bourreau par la menace des châtiments, pou nit-il daYantagc sur les torturés, au point d'endormir leurs douleurs sous le charme de ses paroles d'espcrancc? En tout cas, que les prêtres parvinssent ou non à calmer l'acuitc des souffrances en versant sur les plaies un baume de douce rcsignation, on ne voit pas bien ce que peut avoir d'enviable et inspirer de regrets un ordre social en proie à tant de misères et d'angoisses. Ni le pouvoir royal, que d'aucuns tentent de nous rcprcscntcr sous la forme d'une puissance tutélaire, prenant sous sa protection les faibles et les petits; ni le pournir sacerdotal, qui à tant d'égards était plus fort que l'autorité royale, n'apparaissent à aucune époque sous les traits de bienfaisance qu'on leur attribue qu,clqucfois. Au contraire,· en maintes circonstances, la double autorité royale et ecclésiastique vient souvent renforcer l'autorité féodale, se superposer au-dessus de la tyrannie exercée par le seigneur laïque, ajoutant ainsi un nom·cau fardeau à celui que le maître, noble ou vilain, faisait peser sur les épaules inlassables des malheureux. Dans la monographie de M. Hauser, par exemple, nous voyons intervenir l'autorité royale pour donner force de loi et d'exécution aux exigences patronales d'une importante profession. Et l'autoritc cléricale ? Il n'y a pas trace de son intervention dans les documents que public la Revue Inter11atio11ale. Je sais bien cc que me rependront les catholiques : au seizième siècle, les corporations avaient dévié de leur but. Les garanties réciproques que maîtres et compagnôns trouvaient jadis en clics avaient disparu ou étaient sur le point de disparaître.
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