La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

476 LA REVUE SOCIALISTE oreille ! Lyres détendues, que ne font plus résonner ceux mêmes qui prc'.:tcndirent, malgrc'.: leur~ apparents dédains, à emplir le monde de leurs concerts ! Inutiles labeurs ! Et parce que, volontairement, tous ces Yivants s'écartércnt de la vie - degoût des hommes et peur des choses, incompréhension en somme - pour se retirer dans la fameuse et illusoire tour d'ivoire! Quelques-uns, las, bientôt, de se dessécher la, emportés par la nature, coururent se retremper, se plonger aux flots de la vie; les autres, il n'en est plus question! Va-t-il falloir tenter des définitions de l'art, ensuite par une rcvision des œmTcs qui travcrsércnt les siécles, démontrer que rien n'a duré qui n'ait ses racines aux profondeurs de la vie ! Tout génie, de n'importe· quelle religion, de n'importe quelle philosophie, de n'importe quelle école, puisque religions, philosophies et écoles il y a, tout génie n'a-t-il point jailli de la vie, roulé en fleuve d'humanité? Idéalisme, matérialisme, misérables étiquettes, puérils étendards! Donc, ceux d'aujourd'hui, rompant avec ceux d'hier, refusant de s'enrôler sous les banniércs et fanions étroits, arborent cc drapeau magnifique, oü est brodée la devise: !'Art et la Vie? Ils marchent à 1~ bataille_délibérément, mais pas en casse-cous, le tcm ps n'est plus des combats romantiques à coups de poings, mais prudents, avec méthode, délimitant tout de suite leur champ d'action. D'ab.ord, la liquidation du passé, expression fréquente sous la plume de M. Maurice Pujo. C'est la table rase, de Descartes. En mème temps, l'auteur se défend « d'avoir fait de la métaphysique, car l'essence des choses l'a beaucoup moins intéressé que la manière dont nous pouvons nous conduire parmi elles et y créer. .. » (M. Maurice Pujo qui, dans un fragment sur le Christ, se laisse un peu troubler, il me scnible, par la réaction catholique et les apôtres récents, se doutc-t-il qu'.il devient là un pur adepte des doctrines confucianistes : « Ne vous occupez.pas de l' origi11edes cboses ii, professe Confucius ... Et peut-être même que M. Pujo n plus loin. l'écrit-il pas que « c'est la recherche de la vérité qui a opprimé le monde ... » Oui. Mais la décom·erte de la vérité, si peu qu'on en ait découvert, l'a singuliércment libéré aussi. C'est une des hésitations de M. Pujo aux carrefours de la foi et de la science. Malgré ces hésitations, on ne peut douter du chemin qu'il prendra.) Cette route, l'auteur s'y engage assez avant, tout de suite. \'oici qu'il entreprend tout s-implement la critique de notre état politique, économique, social. Cela débute par un plaidoyer sur l'enfant, sur l'être fragile, sur l'être malleable dont parle le poéte .latin, jeté à l'internat néfaste, oü il faut lutter pour la vie, déjà, où le faible est battu pour le fort, oü il y a des pauvres, des riches, des natures débiles et des hercules, des parias et des choux-choux ! L'âme de l'enfant, si

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