LE MOUVEMENT LITTÊRAIRE 475 toujours suffisamment : mais dans les pages qui ouYrent le volume, et qui sont les plus récentes en date, l'auteur précise assez ses intentions pour que nous n'ayons plus à être embarrassés, comme cela se produisait, à des contradictions flagrantes çà et là, dans l'œuvre, en des chapitres distants de plusieurs années où l'évolution de la pensée n'est pas très facile à suivre, ces chapitres n'étant point rangés chronologiquement. Or, les intentions de M. Pujo, qui compte parmi les premiers des jeunes de l'Art et la Vie, étaient d'autant plus intéressantes à connaitre qu'elles doivent nous renseigner sur un groupe très important de ceux qui prêtèrent un instant l'oreille à MM.. Lavisse et de Voguë ... et de qui nous ne pouvons guère jusqu'à présent étudier que les intentions, à défaut d'œuvres : cela ne signifie point paresse ou stérilité; la plupart ne fait que dépasser la vingtieme année; ils sont le dernier bateau, ils ne font que prendre la mer ... La vingtième année, ah ! ce n'est point l'impression de primes jeunes gens s'exerçant à l'art, comme dans les recueils des générations précédentes, que l'on subit, en découpant l'Art et la Vie. Ici on ne badine pas avec l'amour, ni avec quoi que ce•soit. Des jeunes revues, l'Arf et la Vie est l'une des plus jeunes, naguère même elle s'intitulait la Revue Jeu11e. Mais j'imagine que ceux de l' Art et la Vie ne doivent pas être touchés de la fantaisie qui se démène à la Revue Blanche, ni de « l'art pour l'art» qui semble réfugié au Mercure deFra11ce.L'Art et la Vie se distingue encore de la plupart des autres magazines de jeunes par son indifférence des personnalités; le papier n'est point souillé à injurier, calomnier ou diffamer; l'éreintement n'y est pas cultivé; il semble que l'on ait là des préoccupations générales assez hautes pour n'avoir pas de temps à gaspiller aux questions oiseuses de saYoir qu'un tel a plus de talent qu'un tel, ou qu'un tel en a eu, mais qu'il n'en a plus, petits jeux chers aux petites chapelles et aux coteries, riens de rien où se satisfont des jeunes - dans les endroits où l'on est jeune jusqu'à la mort - aux terrasses, ou dans les sous-sols de cafés littéraires; mais n'accusons pas la seule brasserie; il en va de même dans les salons ... Ce en quoi tranche tout de suite la revue l' Art et la Vie sur ses aînées et ses contemporaines, c'est en ne voulant pas séparer la vie et l'art, comme firent les prédécesseurs, s'emprisonnant dans la mortelle formule de l'art pour l'art. Parnassiens, décadents, symbolistes, pauHes batailles d'hier, luttes épiques où tant et tant s'épuisèrent pour de si naïves victoires! Enfantillages de la forme, façonnements du vers, instauration de quelques vocables nouveaux, pâles mosaïques, frêles marquetteries ! De tout ce!;,, restera-t-il une chanson ou deux! Et que rien ne reste, qu'importe! Mais ces efforts, à l'heure où ils s'élançaient, ont abouti à quoi ! Voix perdues, qui ne portèrent jusqu'à aucune
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