La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

REVUE DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE 471 En général, dit le professeurG. Schmoller, nous appelons lois empiriques, par opposition aux véritables lois, une régularité de succession, dont nous ne savons pas donner l'explication, ou dont nous ne donnons qu'une explication provisoire et partielle. Naturellement la limite entre les deux est douteuse, car la connaissance de la relation causale doit traverser divers stades. Les naturalistes ont commencé à donner comme critère d'une loi exacte la précision numérique. La fin de toute recherche dt: loi est la réduction du complexe au simple. Le savant se sent plus fier à mesure qu'il réussit à dériver le plus de choses possibles, sinon le tout, d'un plus petit nombre de lois ultimes. De cette distinction très nette entre les généralisations empiriques et les Yéritables lois inductives, il résulte que c'est se moquer du monde de parler d'une loi de l'offre et de la demande, d'une loi des débouchés, d'une loi de Malthus ou de Ricardo, pour ne parler que des anciens. On ne confondra pas ces farces empiriques avec les synthcses philosophiques des Comte et des Spencer. Ces dernières restent, d'ailleurs, très loin de cc que les naturalistes appellent de vraies lois. Il est un peu bien imprudent de parler de lois èconomiques, de lois historiques. Je hais, dirait Pascal, ces mots d'enflure. Le professeur Schmoller conclut son étude considérable en des termes qu'on peut résumer ainsi : La pensée humaine cherche a comprendre le monde par deux voies, qui, toutes deux a leur manière, sont nécessaires et utiles. On se forge (naturellement sur les bases de l'observation et des perceptions possibles) une image du tout, le tout du monde, de l'histoire, de l'État, de l'économie politique, de l'âme humaine. D'où nos faiseurs de systèmes. On se rend ainsi les faits intelligibles. Puis on se met a colliger les faits. Viennent alors les observateurs, les descripteurs, les classificateurs a outrance, les inductifs partiels, les généralisateurs empiriques. Reste a concilier les deux méthodes, tout en subordonnant décidément la première a la seconde, la méthode synthétique a la méthode analytique. Car, plus l'esprit humain pénètre loin dans la voie analytique, plus il réussit dans là synthèse et dans l'intelligence du tout. L'analyse progressive- d'un tout saisi d'abord dans une synthèse primitive est le caractère qui marque l'évolution des sciences. C'est la route qu'a suivie !'Économique : d'abord familiale, domestique, communale, étatiste, elle est devenue, par taie d'analyse appliquée au commerce, au travail humain, aux causes de la richesse, l'économie politique proprement dite. Ici s'ouvre un débat qui n'est pas près d'être clos. Le professeur G. Schmoller ne fait que l'indiquer: c'est la lutte entre la tendance économique pure et la tendance socialiste. Entre ces deux tendances, il croit trouver un terrain de conciliation dans le concept des nationalités. Aussi nomme-t-il l'économique nouvelle « Économie nationale >>. En même temps, il prend soin de distinguer cette économie nationale de l'éthique. Il en fait un intermé-

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