470 LA REVUE SOCIALISTE Il n'était pas sans intérêt de fixer avec plus de rigueur qu'on ne l'avait fait jusqu'alors la série historique des diverses étapes par lesquelles a passé l'évolution de la propriété. La monographie du professeur Massimo Kovalewski est donc du plus haut prix. « L'Économie politique, sa théorie et sa méthode » du professeur G. Schmoller, de Berlin, est une grande étude qui se poursuit à travers les cinq premiers numéros de la Revue. Elle comprend les chapitres suivants : « Economie politique », « Doctrine de l'économie politique », << Annexe de la méthode en général », « Recueil de régies et systèmes religieux», « le Système moral», « les Systèmes ou theories générales sur l'État, le Droit et !'Économie politique », « !'Observation et la description en général », « les Méthodes statistiques et les enquêtes », « !'Histoire et la méthode historique », « les Noms et les concepts, la classification », « les Causes », « la Méthode inductive et la méthode déductive », « les Généralisations empiriques et les lois. » On le voit, c'est ici non seulement une histoire de l'économie politique qui s'ajoute à celles d'Ingram et d'Espinas, mais un traité de logique économique. Et c'est à ce dernier point de vue surtout qu'il nous intéresse; en cc sens, il rejoint par un autre bout les « Recherches de la méthode sociologique » de Durkheim. Les termes, les concepts et la classification de l'économie politique courante font surtout l'objet des critiques logiques de l'auteur. La matière est abondante et le sarcasme, hélas ! trop facile. Mais le sarcasme même est bon lorsqu'il est tempéré par l'indulgence philosoµhique : le professeur Schmollcr passe en revue, en montrant leur insuffisance et parfois leur puérilité, les définitions données par les plus illustres économistes, définitions du travail, du capital, de la valeur, du juste prix et le reste. Wagner, Nidebrand, Stein, Huseland, Lotz, Hermann, Büchcr, Neumann, Senior, Faucher, Sindwurm, Sax, sont passés par l'étamine. L'auteur réserve ses plus fortes critiques à Stuart Mill, dont l'incohérence prodigieuse est mise à nu. Si arbitraires quelles soient encore, les formules mathématiques de Gossen, \Valras, J CYOns,Cournot trouvent plus de grâce auprès du docteur Schmollcr. Et c'est justice. Au moins, les concepts, s'ils paraissent inapplicables à la réalité complexe, sont précis dans l'abstraction, cc qui n'est pas un mince mérite. Mais la thèse que déYeloppe le plus complaisamment le critique et qu'il juge à raison fondamentale, c'est la distinction en économie politique, entre Jes gcnéralisations empiriques de la statistique et les lois inductives Yéritables. A vrai dire, ces dernières font complètement défaut dans les ouvrages les plus célèbres. Raison de plus pour insister sur ce point : que les plus beaux manuels d'économie politique ne sont qu'un indigeste pot-pourri de généralisations empiriques indûment élevées au rang de lois scientifiques.
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