La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE MYTHE D'ADA~l ET D'ÈVE 39 Augustin parle d'hérètiqucs chrèticns, les Ophites, qm entretenaient un serpent dans leurs ègliscs ; à la voix du prêtre, il sortait de sa cachette et venait lèchcr les oblations aYcc lesquelles les fidèles communiaient. Lucien rapporte que les Grecs construisaient des temples à Alexandre et lui offraient des sacrifices parce qu'il ètait le fils d'un serpent qui aYait couche avec sa mère Olympias. Aux Indes, le serpent Ahi est l'ennemi d'Indra, le père du jour; chez les Perses, Ahrimann, le Dieu du mal, se manifeste sous la forme d'un reptile : il est appelè le Serpent i deux pieds. La Genèse dit que le « serpent est le plus fin des animaux » (ch. III,§ 1); les Grecs lui attribuaient des talents divinatoires; Cas- • sandre et son fn~rc Hèlènus aYaicnt reçu d'un serpent le don de prédire. L'historien Josèphe croyait, ainsi que ses compatriotes juifs, que le serpent aYait l'usage de la parole et conYersait fréquemment avec Adam, mais que Dieu le lui enleva. Paracelse pensait que la priYation de la parole ne l'ayait pas dèpouillè de son intelligence et que tous les reptiles retenaient encore des connaissances sur les profonds mystères de la nature. Toutes ces merYcillcuses propriétés ont èté prêtées, il est nai un peu moins libéralement, aux autres animaux et même aux plantes. L'homme primitif anime naïYcmcnt de ses qualités tous les objets qui l'environnent; il ne se distingue pas d'eux; il pense qu'ils Yivent, sentent, raisonnent et agissent comme lui; aussi il les prend pour ancêtres et, après sa mort, son esprit transmigre dans des plantes, des animaux et même dans des objets inanimés et s'y meut à l'aise. Cc n'est qu'à la suite d'une très longue évolution que l'homme parYint à s'isoler des animaux et à créer le genus bomo; - mais, par un curieux phénomène de mouyemcnt en retour, le dernier progrès de la science naturelle est de le rattacher à la sèrie animale, dont il est le résumé et le couronnement. La plus simple et partant la plus rationnelle explication du mythe du Serpent est fournie par les naïfs enlumineurs des Bibles allemandes du temps de Luther; ils reprèscntent Ève conversant avec un serpent à tête humaine. Moïse et les Hébreux, après leur sortie d'Égypte, étaient familiarisés avec de semblables images. Mais il n'était pas nécessaire qu'ils eussent vécu en Égypte pour accoupler ainsi l'homme et la bête. Les sauYagcs et les barbares qui choisissent pour ancêtre un animal portent son nom et rcYêtent, dans certaines cérémonies du culte, des masques qui en reproduisent la tête ou le corps : or, le serpent est un des animaux qui a été le plus fréquemment pris pour ancêtre. M. R. Smith nous informe que plusieurs tribus arabes portaient différents noms de serpents; probablement ce sont des individus du clan Serpent qui pcrsuadercnt Eve et Adam <le se révolter contre les Iahvé-

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