La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REYUE SOCIALISTE un jeune esclave qui aYait osé manger des patates douces tabouées. Les prêtres polynésiens dccrétaient le tabou au nom des Dieux, les Eaoutas : cette interdiction religieuse inspirait une telle terreur, que celui qui l'enfreignait par mégarde se condamnait parfois à la mort par la faim. Le tabou existait chez les juifs : M. R. Smith dit que les mets interdits, dans le Pentateuque et le Lévitique, comme cc souillés» n'impliquent pas qu'ils avaient une souillure physique; car le mot hébreux tâmé n'est pas celui employé pour désigner les objets physiquement souillés, mais un terme du rituel religieux qui correspond exactement à l'idée du tabou. L'arbre de la science du bien et du mal était taboué à cause de la rareté ou de la délicatesse de ses fruits, qu'.ÈYe trouvait cc agréables à la vue et bons à manger >> et qui étaient exclusivement réserYés aux maitres de !'Éden, aux Iahvé-Élohim; en manger, c'était attenter à leurs privilèges, se placer à leur niveau, devenir leur égal; aussi quand Adam eut cueilli le fruit de l'arbre de la science, ils dirent : cc Voici, l'homme est devenu comme l'un de 11011s >> (ch. III,§ 22). Le pronom 11011s, employé dans ce verset, indique bien que lahYé-Élohim n'est pas un indiYidu, mais une collectivite de personnes, un clan. Éve et Adam crurent pareillement être deYenus les égaux de leurs maîtres : ils rougirent de leur nudite, qui jusqu'alors leur avait semble naturelle; ils voulurent être vêtus comme l'étaient les Ialwe-Élohim. Le vêtement est le signe visible de la différence des conditions. On a dernièrement transporté, de la Vallée du Nil au British Museum, d'antiques peintures murales, admirablement conservées, representant des dames égyptiennes, vêtues et parées, serYies par des femmes esclaves, absolument nues, comme Éve avant la desobeissance. Le premier souci d'un noir des colonies, lorsqu'il s'affranchissait, était de se vêtir et de singer les manicres de ses anciens maitres. Il faut remarquer qu'Eve et Adam ne touchent pas au fruit taboue de leur propre mouvement; il faut qu'une tierce-personne intervienne pour leur en suggérer l'idee, pour lner en quelque sorte le tabou : ici commence le mythe du Serpent. * * * Le Serpent, bien qu'il soit un animal rampant, ou peut-être parce qu'il est à plat-ventre, joue un rôle considerable dans l'histoire humaine : il_a été adoré un peu partout; il était Dieu chez les Mexic~i'.1set les E~yptiens, mére du genre humain chez les Gallas d' Abyss1111e; des onentalistes prétendent que le bouddhisme n'est qu'une transformation du culte de cet animal; les Athéniens nourrissaient un serpent sacré dans le tem pie d' Athéné, Mti sur l'Acropole ; saint

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