La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE MYTHE o' ADAM ET o'ÈVE 37 tous les fruits;à l'exception de ceux de« l'arbre de la science du bien et du mal» (ch. II,§ 17). Quand Adam et Eve désobéissent et mangent du fruit défendu, les Ialwé-Élohim craignent qu'ils ne touchent également à« l'arbre de Yie et ne Yivent toujours » (ch. III,§ 22). L'interdiction de goûter aux fruits de l'arbre de science et la crainte qu'Adam ne mange de ceux de l'arbre de Yie rcclament deux explications différentes. bes clans des sauyages portent des noms d'animaux et de plantes qui sont considérés comme des ancêtres et sont sacrés pour leurs membres: pour cette raison, il était interdit, en Égypte, dans un déme de manger tel animal ou telle plante, qui ailleurs était bel et bien mis à la casserole_. L'image de la plante ou de l'animal ancestral était peint ou sculpté sur les demeures et les tombeaux des membres du clan et parfois tatoué sur leur peau. 111.Robertson Smith, le saYant professeur de langue arabe à l'UniYcrsité de Cambridge, donne, dans son ouvrage sur la parenté des Arabes, une longue suite de tribus arabes qui, même dans les temps historiques, portaient des noms d'animaux et de plantes dont clics prétendaient descendre ( r). L'arbre de Yie de la Genèse était sans doute une plante ancestrale, comme le Reivn, l'arbre qui, dans le mithraisme, donne naissance à l'espéce humaine; sur les tombeaux chaldéens on trouve souYent l'image sculptée d'un arbre; les Babyloniens et les Assyriens adoraient le cyprès, que les monuments représentent gardé par deux génies, comme « l'arbre de Yie » ( ch. III, § 24) après l'expulsion d.'Adam du Paradis terrestre. Les Ialwé-Élohim, à qui appartenaient le jardin de !'Éden, ne mangeant pas du fruit de l'arbre de vie à cause de son caractcre généalogique, en interdirent naturellement l'usage à leurs ilotes. L'arbre de la science du bien et du mal a une autre signification. En Australie, quand la récolte des fruits de l'arbre à pain s'annonce mauvaise, on taboue les ignames et les bananes sauYages, c'està-dire que l'on interdit leur usage; on taboue également les poules et les porcs quand il y a disette; on taboue une baie quand le poisson s'y fait rare. Mais le tabou, qui, comme le carême des catholiques, est une interdiction de manger de certains animaux et plantes, prise dans un intérêt général, sert aussi à créer des priviléges entre les âges, les sexes et les classes : ainsi il est défendu aux jeunes Australiens, non encore élevés à la dignité de guerrier et de chasseur, de manger de l'émou ; les femmes, dans certaines îles polynésiennes, ne deYaient jamais goûter la chair de porc, ni la chair d'homme serYie aux festins anthropophagiques, elles étaient des délicatesses exclusiYement réserYées aux mâles. J. King, dans le Voyage de l'Astrolabe, rapporte aYoir vu tuer (r) ·w. RoaERTSOK SMITH. l(i11sbipa11d ma.riage in earley Arabia, 1885.

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