'LES DEUX ENFA~TS 449 M. DE GAUGE.- Ha! ce Pierre, cet insolent que j'ai chassé. MmeDE GAUGE, reprwn11f. - « Comme Philippe était orphelin, je l'ai pris avec moi. J'en ai été_récompensée, car il n'y a pas d'enfant meilleur et plus aimant. Voilà six ans que ça dure. Il faut vous dire que je gagne ma vie en piquant des bottines. Les cinq premieres années ont été trés bonnes pour mon travail, car je me faisais jusqu'à mes mille francs par an. C'est nai que, sans me vanter, je suis reconnue comme une ouvrière habile. Certe somme, en allant à l'économie, suffisait pour mon Philippe et moi. Malheureusement ... ». M. DE GAUGE.- Aïe ! La charité, s'il vous plaît ! Mme DE GAUGE, reprwn11l. - << Ma vue se trouble, ma main faiblit, et puis, le c~1ômage. En un an, je n'ai pas reçu plus de cir\q cents francs. Ce n'est vraiment pas assez pour nous nourrir, nous vêtir et nous loger. Par surcroît, me voilà malade. C'est peut-être bien mon inquiétude pour Philippe qui en est surtout la cause. Il n'y a plus un sou à la maison. Mon paun~ petit Philippe! Ah ! madame de Gauge, dans le cas ou je mourrais, si vous vouliez lui servir de mére ! >> M. DE GAUGE.- Aimable proposition ! Mme DE GAUGE, co11ti11.11n.11f. - « Pour l'instant, soyez assez bonne de me prêter cent francs ». M. DE GAUGE.- Voih\ le mot de la fin! Mme DE GAUGE, co11fi1111n11f. - « Je vais mettre Philippe en apprentissage. Quand il sera ouHicr, il aura l'honnêteté de vous les rendre». M. DE GAUGE, ricn11nnt. - Cela, c'est un comble! Mme DE GAUGE, co11ti1111n11t. - « Je vous prie de les lui remettre. En vous remerciant sincèrement d'avance, je vous adresse, madame de Gauge, ainsi qu'a Monsieur, mes salutations respectueuses, « Veuve BREUIL». Se tournant vers M. de Gaugc : Dix francs, qu'en penses-tu ? M. DE GAUGE.- Ma chère amie, je te ferai simplement observer que les occasions de dépenser dix francs de cette manière ne manquent pas; qu'on ne va pas loin avec trente mille francs de rente; que nous allons être obligés, tu le sais, de réduire notre train de maison qui dépasse cette· somme; que, notre capital une fois entamé, nous ne savons plus ou nous nous arrêterons. Les dix francs, tu le comprends bien, n'ont d'ailleurs aucune importance : mais je te parle ainsi pour l'honneur du principe. Mme DE GAUGE sonne.,ouvre 1111 porte-monnaie, et le remet sur u11e créde11ceA. u domestique.. - Voici cinq francs pour l'enfant. Vous lui servirez à diner.
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