LES DEUXENFANTS 447 PHILIPPE. - Papa, donne-le moi, le portrait de pauvre maman? PIERRE. - Tais-toi ! Monsieur Charles, je ,·ous en prie, prenez le portrait ! CHARLES.- Non, je ne Yeux pas. Mme DE GAUGE.- Enfin, ne le tourmentons pas! - Votre fiJs a six ans maintenant, comme le mien. Ce sera dur pour Yous de l'élever. PIERRE. - Oui, et si je mourais... Dites donc, monsiear et madame de Gauge, si je mourais, prendriez-vous 'un peu soin de lui? M. DE GAUGE.- Singuliére question? PIERRE. - Je \'Oudrais savoir. Mme DE GAUGE. - Mon cher Pierre, nous avons· notre rang à tenir dans le monde : c'est dejà une lourde charge pour nous. os ressources sont bornées ... PIERRE. - Bah ! si vous aviez un second enfant, vous trouveriez bien l'argent pou·r l'clever. M. DE GAUGE.- Ah ça, monsieur Pierre, vous deYenez impertinent. Mme DE GAUGE.- La mort de sa femme lui cgare l'esprit. PIERRE, s'adressant a Cbarles. - Philippe ... c'est-à-dire Charles, tu me tords le cœur en ne voulant pas du portrait. Tu ne sais pas, tu es déjà corrompu. C'est égal, sois heureux! M. DE GAUGE.- Le Yoilà qui tutoie maintenant ? Il sonne. Monsieur Pierre, sortez ! Un domestique entre. PIERRE, a Philippe. - Viens, gosse. Ils t'abandonneront : tant pis pour toi, tant pis pour eux ! - Dites donc, vous deux : je vous méprise ! Je vous hais ! Adieu ! IV Une rue. La nuit, sous un bec de gaz. - Pierre tombe sur le pavé. PHILIPPE, criant. - Papa ! Voisins et passants accourrent. DANSLA FOULE.- C'est l'poivrot ! - ]'le connais. - Et moi aussi. - Êtes-vous sûrs que ce paune homme est ivre? - Zut alors ! - Il est paf tous les jours l - Le malheureux s'est fait un trou à la tête. - V'là qu'ça saigne! - Voyons, transportons-le chez le phar-
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