La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LAREVUESOCIALISTE MARTHE, à Pierre. - Parlons bas. N'est-ce pas que notre fils devient superbe ? Comme il est blanc et rose, et gentiment habillé? As-tu vu, l'autre jour, il a bien Youlu m'embrasser? PIERRE.- Oui, cela m'a tout remué. MARTHE.- Si je vis encore dans un mois, je parie que je le trouYerai grandi. PIERRE.- Hein ? avais-je raison? Quelle serait notre agonie, si nous laissions notre fils orphelin, bon pour la prison ou la guillotine ? •Au lieu qu'il sera un honnête homme, un roi au milieu des pauvres ! MARTHE-. Oui, va, tu as eu raison ! PIERRE, se désbabillrtnt. - Ainsi, ça ne va pas mieux? MARTHE-. Il me semble que toutes mes forces me quittent. PHILIPPE.- Bonne nuit, papa et maman. MARTHE-. Bonne nuit, Philippe. PHILIPPE.- Et toi, papa? PIERRE, apres un instant d'bésitatiou. - Bonne nuit, gosse. III Salon chez les Gauge. Mme DE GAUGE a Pierre, qui donue la 111ai11 à Philippe. - Comment ! cette pauvre Marthe est morte? PIERRE, pleura11t. - Oui, de privations, bien sûr. M. DE GAUGE-. Vous travailliez tous les deux, pourtant? PIERRE. - Quand nous trouvions de l'ouvrage. Et puis, les maladies! M. DE GAUGE.- Vous n'aviez donc pas fait d'économies? PIERRE, co11te,,a11t Srt colère. - Nous gagnions si peu ! M. DE GAUGE.- C'est égal. On amasse tout de même pour les mauYais jours. En ce monde, il faut de la prévoyance! • PIERRE.- Excusez-moi si je suis venu Yous déranger pour vous apprendre mon malheur. MmeDE GAUGE.- Votre démarche est naturelle, Pierre. Il y a cinq ans, Marthe nourrissait encore mon Charles. PIERRE.- Et elle l'aimait tant ! Monsieur Charles, ,·oulcz-vous sa photographie? Je vous l'ai apportcc. CHARLES, sautilla11t. - Ah! voyons! Après aYOÎr regardé. Comme elle est mal habillée! Je n'en veux pas ! MmeDEGAUGE-. C'est vilain, cc que tu dis la.

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