La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LESDEUXEl\FANTS 445 MARTHE-. Horrible cc que tu dis là! Paune enfant! est-ce que c'est sa faute, s'il est leur fils ? PIERRE.- Je ne dis pas. Tout de même il m'irrite. MARTHE.- Tu dcYrais le plaindre, l'aimer, puisqu'il partage notre misère. PIERRE.- AuparaYant, je te plaindrai, ma pauwc femme. MARTHE-. Il se rcveillc. Tout bas. Donne-lui du pain et une caresse. PIERRE, bas. - Du pain, oui. La caresse, non. MARTHE-. Mcchant ! Cela me rend malheureuse. Tu n'es pas juste! PIERRE, e111brnssn1s1n/ fe111111e. - Toi, je t'aime. Je Yais faire comme tu yeux, pour toi. Il coupe un morce:iu de p:iin et le donne il l'enfant. Tiens, gosse, voilà pour toi. Il le t:ipote sur la joue. MARTHE-. Et les de Gauge? Pourquoi les haïr? PIERRE.- Nous avons trimé toute notre Yic en csclaYes, nous, et Yoilà notre récompense. Pourquoi sont-ils riches, eux? Qu'est-cc que nous ayons fait pour souffrir? Et qu'est-cc qu'ils ont fait pour j ouïr ? MARTHE-. Ça, je ne sais pas. Je ne comprends rien à la manière dont le monde marche. Je sais seulement que ça me ferait du mal en haïssant, et que ça me fait du bien en aimant. Je crois aussi que c'est plus juste. Voyons, si je devenais tout à coup riche, tu me ha'irais donc? PIERRE.- Toi, c'est diffcrent, tu mcrites d'C:treheureuse. MARTHE-. Et les millions de femmes qui le méritent aussi, et qui resteraient pau\'res? Tu ne te haïrais pas non plus, hein ? si tu gagnais un gros lot? PIERRE.- Tu dis des choses qui YOUSdémontent. Je ne Yeux pas raisonner. Tu parles de justice? Il y a quelque chose qui me dit que la justice demande que tout le monde soit riche ou que tout le monde soit pau\'re. MARTHE.- Pour ça, c'est une autre affaire. Tu as peut-être raison. PHILIPPE-. Papa! donne-moi encore du pain. PIERRE, à Mar/lie. - Faut-il? et demain? MARTHE-. Tant pis ! Qu'il mange d'abord ! PIERRE, do1111nd1u1tpni11 à P/Jilippe. - Tiens !

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