LES DEUXENFANTS 443 LES DEUX ENFANTS I Grande chambre. - Deux portes à droite, porte à gauche. - Berceau à droite, a,·cc un bébé endormi. - A gauche, un guéridon. - Au fond, un perron, large porte vitrée s'ouvrant sur un jardin. - Clair de lune. Un homme apparait sur le perron avec un autre bébé dans ses bras et se dirige vers le berceau. MARTHE, seplaçant deva11tl'bo111111e. - Pierre! ne commets pas ce crime! PIERRE. - Le crime est d'avoir mis au monde un panne comme nous. Je ne veux pas que mon fils soit paune. MARTHE, seplaçant devant le berceau. - Et moi je ne veux pas me séparer de lui ! PIERRE. - Voilà ton cœur de mére? Moi, je veux me priver de ses caresses pour le rendre heureux. Toi, tu consens à le voir souffrir, pourvu que tu l'embrasses. MARTHE.- Pourquoi souffrira-t-il? PIERRE. - Est-ce que je peux encore être plâtrier avec ma phtisie? Est-ce qu'avec tes varices tu peux être encore blanchisseuse? Malheur ! si nos métiers nous ont donné un peu de pain, ils nous l'ont bientôt volé de la bouche. Maintenant, tu es nourrice. Mais quand leur petit sera sevré? Quand les de Gauge t'auront flanquée à la porte ? Hein? le boulet de misére à traîner ? MARTHE, pleurant. - Mon petit Philippe! Il ne saura pas que je suis sa mére ! PIERRE. -:-- Tant mieux pour lui! Si nous vivons, il lui sera indifférent que nous soyons malheureux. Si nous mourons de misere, il ne mourra pas avec nous. MARTHE.- Il me semble que le bon Dieu nous punira ! PIERRE. - Ton bon Dieu ? Ah ! qu'est-ce qu'il peut donc itwenter de pire que ce qu'il notis fait endurer? - Finissons! Dix heures sonnent. Ils ont écrit qu'ils seraient ici à cette heure-là.
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