LA V,IE SOCIALE, LA ~!ORALE ET LE PROGRÈS 435 pour un organisme : il la perfectionne sans cesse en la coordonnant davantage, en solidarisant ses cléments, en ctabliss:mt des correspondances plus faciles entre chacun de ses membres, en spécialisant les fonctions des individus tout en augmentant la dependance d~ chacun par rapport à l'ensemble. Le travail de tous aboutit donc à une sorte d'harmonie supérieure qui dépasse de bc:rncoup la sphére d'activité Je chacun. Le traYail est comparable à la fonction physiolbgique de la nutrition; c'est par lui que les éléments matériels extérieurs sont pris, incorporés à la société et dcYicnncnt sociaux, comme les aliments • deviennent organiques par leur assimilation nutritive. Le traYail est la fonction socialisante par excellence; c'est lui qui crée les appropriations, les adaptations et les correspondances de toutes sortes d'ou nait un Yéritablc système de transmission et de scnsibilite sociale analogue au syst~mc ncrYeux, grâce à la crbtion de tout un systémc de moyens de relations : mimique, langage, ccriture, symboles, etc., et, par suite, un sens social, une co11scie11soceciale. C'est par les progrés de la différenciation et de l'organisation que cc haut degré de Yie sociale peut être atteint : et c'est alors seulement que la contagion, l'imitation (Tarde) entrent en scénc et deviennent possibles; car clics supposènt un ctat déjà avancé de cet appareil de transmissions qui, ainsi qu'un système ncrYeux, établit une étroite sympathie et une solidarité toujours croissante entre les diverses parties du tout. D'où il résulte que le principe de la Yie sociale ne doit pas être cherché dans la concurrence vitale (Darwin), dans l'accord pour la lutte (de Lanessan), dans l'association pour la lutte (Paul Combes), dans l'imitation (Tarde), mais dans le phcnomenc même de la socialisation, qui n'.:sulte des besoins et des ncccssitcs mêmes de la vie et représente la tendance des êtres et des fonctions à se grouper en une solidarisation de plus en plus organiscc, coordonnce, socialisée. Cette socialisation n'est qu'un effet de la nécessité pour tout être viYant de s'adapter à son milieu, c'est-à-dire à ses conditio11s de vie. Ces adaptations et rbdaptations successives au milieu ont nécessairement pour effet d'aboutir à un accroissement . d'organisation qu'on appelle Sclection ou Progrès. Plus la socialisation est avancée, plus la vitalité sociale est active. Les sociétés actuelles ne sont encore arrivées qu'à une phase de socialisation inférieure qui correspond au stade décrit par les zoologistes (Perrier, Lacaze-Duthiers) sous le nom de colo11ieas11i111ales ou polyzoïsme. Aussi ne doit-on pas chercher à les comparer à l'organisation de l'animalité supericure : cc degré de supériorisation ne sera atteint que par l'effet d'une solidarisation individualisante de plus en plus grande qui découlera du jeu même des energies sociales. Le niilieu économique ressemble au milieu nutritif des organismes vivants. La richesse est comparable au sang : la richesse comme le sang doit être utilisée par chaque élément
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