434 LA REVUE SOCIALISTE Sur le seuil même de la sociologie, le docteur Pioger établit ce principe, c'est qu'en vertu de la liaison qui unit tous les phénomcnes, il est « impossible d'acquérir une connaissance scientifique des faits sociaux aYant d'avoir approfondi les autres sciences naturelles », puisque c'est l'homme qui est le fond même, le moteur de la société. Néanmoins, la sociologie ne se confond point avec la biologie. La différenciation de la chose connue étant la condition préliminaire de toute connaissance, il est naturel que l'on constate certaines différences entre un organisme animal et une société : aussi Pioger admet-il Yolontiers l'expression de superorganisme, adoptée par de Grecf, qui marque en même temps les différences et les analogies naturelles entre ces deux ordres de phénoménes. En effet, la société n'est pas seulement la somme des caractcres et des propriétés des êtres Yivants qui la composent, mais la rérnltante des parties composantes; c'est dire que nous abordons en sociologie un ordre de relations encore plus complexes que celles de la science immédiatement inférieure, qui lui sert de substratum. Ce qu'il y a d'essentiel dans la notion de société, ce n'est pas seulement la considér.ation des individus, mais surtout celle du mode suivant lequel ces indiYidus sont associés, c'est-à-dire leur mode de dépendance réciproque ou de solidarisation, que l'auteur appelle leur socialisa~ion par analogie à l'organisation qui unifie, solidarise, coordonne et individualise les éléments viYants dans les organismes physiologiques ou sociaux. On a envisagé les sociétés d'une façon trop abstraite, parce qu'on n'a songé qu'aux sociétés liumaines, et que dans la société humaine on n'a vu que l'homme abstrait des spiritualistes : tout être humain ou autre vivant en société, ne peut être conçu que comme incorporé à son milieu matériel, en vivant et le modifiant, subissant et exerçant une série d'actions et de réactions. La Yie sociale est donc d'abord purement matérielle et Yégétative. Elle s'élève peu à peu en complexité, devient consciente, comme les organismes YiYants parvenus à un haut degré d'éYolution. Les fonctions économiques d'une société sont donc les fonctions antérieures et fondamentales ; mais, comme le dit justement Pioger, cette antériorité n'implique ni supériorité, ni exclusivisme. Une société vit ainsi qu'un être viYant. Chaque être jouit d'une ·yéritable vie qui est la résultante du fonctionnement des cellules, parce que ces cellules collaborent, en vertu même du mode d'organisation, à une sorte d'harmonie générale. Dans les sociétés, on se préoccupe trop exclusiYement de la fonction psychique de l'homme, sorte d'épiphénomcne qui n'acquiert d'importance réelle ·que dans les sociétes aYancées, et on neglige le traYail, qui est la Yéritablc Yic sociale. Le traYail social est pour une societc cc que la fonction est
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