La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

t' ASSURA~CEOBLIGATOIRE~ ALLEMAGNE quoique son principe soit posé; en fait aussi il y a plutôt centralisation des fonds Yenus des établissements locaux et particuliers qu'une véritable caisse nationale. Le fond d'État proprement dit est rclatiYement minime. ANGLETERRE-. L'Angleterre est dit-on, le pays classique du laissez-faire, du non-interYcntionismc. Elle l'était peut-être, elle ne l'est plus; d'oü les doléances d'Herbert Spencer. Elle s'est mise, comme l'Allemagne, au régime du socialisme d'Etat. Et cc ne sont pas, comme on le prétend, des politiciens avides de popularité qu-i sont seuls a la tête du mouYemcnt. Qu'on appelle ainsi sir John Gorst, M. Chamberlain, M. Hunter, passe encore; mais que dire de pasteurs comme Canon Black.ley, d'économistes comme Charles Booth. Ils sont pourtant parmi les plus chauds défenseurs de l'assurance d'État. En Angleterre l'agitation a suiYi la marche inverse de celle suiYie en Allemagne; on a commencé par l'assurance contre la Yieillesse. C'est que le paupérisme, en Angleterre plus qu'ailleurs, est intimement lié à la Yicillessc. On pouYait le préYoir; et pourtant ce fait semblait ignoré. On ne s'expliquerait pas sans cette ignorance, Youlue ou non, le retentissement qu'eurent les constatations statistiques de M. Charles Booth en décembre 1891. Cela parut une révélation. Il résulte de ces statistiques que sur cinq personnes, hommes ou femmes, arriYécs à !'fige de soixante-cinq ans, deux tombent sous la loi des pauues, pli.1ssimplement sont internés dans cette prison spéciale qu'on appelle le \Vorkhousc. C'est une honte pour l'humanité. Ces termes qu'on peut trouycr emphatiques sont uniformément ceux qu'employcrent, aprcs ces révélations statistiques, -M. Chamberlain, John Morley, M. Ede, Dr Spence \Vatson, Dr Hunter. « Les hommes d'État qui mettront fin à cette honte, dit M. Morley, acquerront plus de gloire que s'ils remportaient des victoires éclatantes sur le champ de bataille ». Tous s'accordent à reconnaître l'insuffisance flagrante des lois des pauYrcs actuelles à remcdier au paupérisme: le fait que les ·sociétcs de toutes sortes, secours mutuel, caisses d'épargne, ne fonctionnent qu'au profit d'une minorité; le fait que celles de ces sociétés qui seraient à la rigueur accessibles aux. travailleurs peu fortunés n'offrent aucune garantie suffisante et que c'est même un deYoir social de prévenir les travailleurs du danger qu'ils courent en s'y confiant, cet ensemble de constatations aboutit à une seule conclusion : l'assurance d'État. Le projet "définitif de M. Charles Booth surpasse tous les autres, même la loi allemand~, en hardiesse à la fois et en simplicité. Il supprime les cotisations, les retenues, même la collaboration de patrons et ouvriers. Il aboutit à une proposition de loi ferme ; une pension

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