La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE MYTHE n' ADAM ET n'EVE 35 cornposé de lcgendcs formées à des cpoq ues successi vcs et probablement recueillies en différents pays. Le chapitre II, comme si on avait cherché :\ masquer l'interpolation, débute par un résumé du chapitre I; il rappelle qu'Élohim, jugeant « toute son œuvre terminée », se reposa le septième jour, et à partir de cc moment lahYé-Élohim entre en scénc; c'est lui seul qui maintenant parle et agit. Arrêtons-nous sur cette double appellation divine. Les traducteurs de l'Ancien Testament rendent les mots Élohim, lahYé-Élohim et lal1Yé indifl:èrcmment par les mots Dieu et l'Éternel; cette erreur est aussi graYc que serait celle que commettrait un hcllcnistc traduisant les noms d'Ouranos, Kronos et Zeus, qui appartiennent à trois générations divines successives, par le mot Dieu, comme s'ils dcsignaient un seul et unique personnage céleste. Iahvé est un singulier; Élohim est le pluriel d'Éloah et signifie les forts, les puissants; sa racine El Yeut dire homme fort, courageux, héros. Michel Nicolas fait remarquer que dans l'Ancien Testament les rois, les princes et les juges sont appelés des Élohim (r). Cependant, des I 753, le Dr Astruc se basait sur l'usage alternatif, dans la Genèse, des mots Elohim et Ialwc pour conclure que Moïse aYait dù réunir en un seul récit deux traditions distinctes : cette remarque fut le point de départ d'ctudcs importantes sur le texte du Pentateuque. Michel Nicolas pensait que l'élohisme était l'antique forme polythéiste de la religion israélistc, tandis que le jchovisrne, ou plutàt le iahvcisme, était sa forme monothéiste plus récente et plus élaborce; il est positif, en effet, que le culte de Iahvé :est postcricur, puisqu'il est expressément dit qu'il fut établi par Seth, fils d'Adam (IV,§ 26). Ialwé, d'après des théologiens anglais, serait le Dieu national du peuple juif, tandis que les Élohim prcsageraicnt la pluralité et l'LmiYersalité des Dieux de la Trinité. Aujourd'hui, je crois qu'on peut se permettre d'ayancer une opinion plus réaliste. En comparant quelques passages où le mot Élohim revient, on s'aperçoit qu'il est employé par les païens quand ils s'adressent aux Hébreux, et par ceux-ci quand ils parlent aux païens. Aux yeux de ces derniers, ce sont les Élohims qui ont dcliYré les israclites de l'esclaYage d'Égypte (1, Samuel, IV, § 18) ; Joseph, s'adressant à Pharaon, parle des Élohims (Genèse, XLI, § 16); David, implorant la protection du roi des Moabites pour sa famille, se sert du mot Élohim (I, Srwwel, XXII, § 3), etc. L'usage du mot Élohim, dans ces cas spéciaux, semblerait indiquer que les Élohims, si justement comparés par Renan « aux esprits des sauvages », seraient des Dieux (1) MICHEL NICOLAS. :S.tudescritiques sur la Bible, 1862.

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