La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

422 LA REVUE SOCIALISTE proprement d'adYersaires, mais d'indifferents. Ce qui le prouYe bien, c'est qu'autant le Bureau Impérial inspire de défiances (quoiqu'il soit, d'après le mécanisme de la loi, le régulateur suprême), autant les associations locales (Ortskrankenkasse) ont de succès. Or, il n'échappe à personne que les associations locales rc'.:gléesdans leur fonctionne.- ment par la loi même, sont une des pièces importantes, mais subordonnées, du mécanisme entier; elles ne sont en effet locales que de nom. Quant aux associations qu'on appelle libres, elles ont toujours été des syndicats de petits patrons mi-employeurs, mi-ouniers à leur compte et ne rentrent pas dans le système géncral. Elles périclitent de plus en plus, n'ayant plus d'objet. Le premier groupe d'opposants, les libertaires et les économistes, n'a semble-t-il, recueilli tant de signatures (r) que par une manœuvre politique très légitime du reste. On ne peut attacher une grande importance au retour offensif et dépité de Bismarck, après sa chute, contre la loi qu'il aYait si viYement et par - fois si violemment défendue lorsqu'il était au pouYoir. A quoi bon releYer aussi les nombreuses déclarations d'ouniers hostiles à la loi. Elles sont toutes à peu près conçues ainsi : « Je suis malade de consomption ; j'ai à peine deux ans à Yivre. Et voilà que cette loi me force à prélever une contribution, si minime soit-elle, sur mon salaire déjà minime. Dans quel but ? Pour aider à mieux vine ceux qui ont l'espoir d'arriver à soixante ans. S'ils sont si forts que c~la,' qu'ils se tirent d'affaire eux-mêmes ». Ce langage est très humain. Il n'y a personne qui ne puisse le tenir. Les rois même, paraît-il, en ont usé. « Après moi le déluge ! ii D'ailleurs, cette réflexion n'est qu'à moitié exacte. Elle disjoint des choses qui ne peuvent être séparées : l'assurance contre la ,ieillesse et l'assurance contre la maladie et l'incapa- ·cité de tranil. Il n'est helas ! 'que trop vrai qu'on compte l'humanitt'.: survivante pour peu de chose quand on sait pertinemment que tout • espoir de lendemain Yous est irrévocablement interdit. Mais, vraiment, que peut-on conclure d'oppositions ainsi formulées ? On a du reste fait remarquer très justement (Dr Levinstein dans le Yolkswirtshaft) que la contribution d'assurance, répartie d'ailleurs en proportions qui peuvent Yarier entre l'Empire, les Etats particuliers, les employeurs et les employés, continuera à être mal vue, tant que l'assurance obligatoire ne sera pas de fait universelle. D'apres les estimations du Dr Levinstein, sur I 5,000,000 de travailleurs, en Allemagne, en I 89 r, (1) Pêtition de « publique indignation » en Bavière de 250,000 nom~, sous l'impulsion de H. Echinger, du centre conservateur, de H. Zott, du même centre, de H. Haussman. - On n'oubliera pas, pour comprendre ce chiffre relath·ement imposant de 250,000 pétitionnaires que l'agitation contre la loi de l'assurance obligatoire êtait greffee sur l'arbre, très vivace en Bavière, des re,·endications « parti-:ularistes » ou de sécession, dirigées contre l'Empire, qui imposait cette loi.

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