La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

L'ÉDUCATIO);! INTÉGRALE 4II un mot tout prêts à dcYcnir d'excellents défenseurs de la patrie. Y a-t-il beaucoup d'établissements publics dont on puisse en dire autant? Il est nai que là les jeunes gens ne sont pas chauYins et qu'ils n'ont pas cc qu'on appelle dans les années l'esprit militaire; je croirais volontiers qu'élevés ainsi, ils s'emploieraient mal à des conquêtes lointaines et à l'asservissement des peuples, qu'ils seraient de mall\·ais outils d'obéissance passiYe, qu'ils serviraient mal un coup d'État et qu'on ne les ferait pas aisément tirer sur leurs concitoyens en temps de révolution. Est-cc là cc qu'on leur reproche? Je pense qu'en rcYanche ils protégeraient efficacement la frontiére et qu'on obticnd rait tout leur courage en le mettant au scrYicc d'une grande idée. C'est lù l'armée du peuple, l'armée de l'annir, telle qu'il la faut dans une démocratie. * * * Aprés cc rapide examen <les principes sur lesquels repose l'enseignement donné à Cempuis, on doit Ycnir à la question de fait si vivement reprochée au directeur et pour laquelle on l'a accus·é d'incapacité administrative et de mauYaisc gestion. C'est la grosse question du personnel enseignant, lequel est mal recruté et composé d'éléments insuffisants. La critique est juste, comme le prouyc d'une façon certaine l'observation suiYantc : depuis dix ans, l'orphelinat n'a pas usé moins de quatre cent quarante-sept professeurs hommes et femmes, y compris les maîtres ouvriers, maçons, menuisiers, mécaniciens, etc., pour un total qui n'excéde pas deux cents élévcs. Cc chiffre de quatre cent quarante-sept est évidemment excessif. Des professeurs qui ne font que passer sont tout d'abord soupçonnés de porter quelque tare ou bien font supposer quelque défaut caché dans cet établissement où • l'on ne s'acclimate point. De plus, ces nomades ne peuvent pas s'intéresser à leur tâche; ils n'ont pas le temps de prendre le ton de la maison, de se former aux méthodes particulières d'enseignement, d'établir entre eux une eptente et une harmonie nécessaires, enfin de prendre de l'autorité sur l'esprit de leurs élcves et de s'en faire aimer. Le reproche est donc fondé. Mais a qui incombe-t-il ? L'orphelinat de Cempuis appartient au département de la Seine, qui en a la direction générale; c'est un établissement, non pas privé, mais officiel, légalement reconnu et payé sur les fonds des contribuables. Des lors, on se demande pourquoi le département ne le pourvoit pas, comme ses autres écoles, de fonctionnaires réguliers, présentant toutes les garanties désirables d'instruction, de travail, de bonne conduite; on se demande pourquoi le directeur est réduit a chercher lui-même, un peu

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