La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

410 LA REVUE SOCIALISTE tuer tant de gens, au moment même où clic Yient de les ;endrc si parfaits. Donc, Cham·in a tant crié qu'il a fini par triompher et l'on exige que, nous consen·ions, aYec la haine de l'étranger, le goût de la guerre. Sans doute les hommes quiappartiennentàla même race, qui habitent le même sol, qui parlent la même langue, qui ont un passé commun, qui obcissent aux mêmes lois, qui ont les mêmes affinités, possèdent des raisons puissantes pour s'entr'aimer, et l'idée de patrie n'est pas un Yain mot. Les grands groupements d'hommes qui se sont créés peu à peu à la surface de la terre existent en vertu de raisons profondes et il est naisemblable que les divisions en nations séparées dureront encore trcs longtemps. Mais si je préfcrc ma famille, ce qui est naturel, est-cc un motif suffisant pour me donner le désir et le droit d'cgorgcr celle de mon voisin ? et si la France, où je suis né, m'est particuliéremcnt chère, faut-il donc que je rêYe de détruire l'Angleterre ou l'Italie? La guerre a eu son rè>lehistorique ; clic a eu des effets, toujours atroces dans le moment, parfois utiles pour l'avenir, et l'on pourrait citer telle Yictoire sans laquelle la civilisation eût été orientée tout autrement qu'elle n'est aujourd'hui. Est-ce à dire pour cela que cet odieux moyen ·d'action doiYc être éternel? Est-ce à dire que les hommes auront toujours des appétits brutaux, fcroccs, qui les jetteront dans les conquêtes? Est-ce à dire qu'ils se précipiteront toujours comme des fauves les uns sur les autres et qu'ils ne trouYeront jamais de procédés pacifiques pour rcgler leurs différends ? Qu'on ne nous présente pas un annir aussi sombre ! Qu'on laisse les penseurs chercher les voies nouvelles de la paix, de la concorde; qu'on leur permette de préparer cette aurore douce et brillante en enseignant aux enfants la mansuétude, l'amour des hommes, le mépris de la violence. Oh! je sais trop que la France est aujourd'hui dans une situation particulicre, qu'elle souffre toujours, moralement surtout, de sa blessure d'il y a Yingt-quatre ans, qu'elle doit sous peine de déchéance se tenir forte et prête à repousser toutes les tentatives d'invasion possibles. Ceux qui aiment la France, uniquement pour elle-même, la veulent robuste et puissante; ceux qui l'aiment en outre comme l'initiatrice des idées nouvelles, comme la principale dépositaire du trésor sacré des grandes pensées d'avenir, lui doiYcnt souhaiter encore plus la Yigueur et l'énergie. Aussi, tout en rhant la paix uniYcrscllc, personne ne peut Youloir une France faible, désarmée, ni dédaignée. A Cempuis, nul n'avait une telle tendance : j'ai vu des hymnes que l'on faisait chanter aux enfants; aucun n'exaltait la guerre; mais plusieurs célébraient la France, en Yantaicnt les beautés, en disaient la séduction, en enseignaient l'amour. Les enfants sortent de Cempuis rompus à la gymnastique, lestes, agiles, solides, formés à l'école de peloton, exercés au maniement du fusil de munition, assez adroits tireurs, en •

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