L'EDUCATIO'.'J' I~TÉGRALE pas de lui dire : pour édifier un mur ou pour dresser une table il faut procçdcr de telle manicre; on lui met une brique dans la main et on lui fait gkhcr du mortier, ou bien on lui donne une planche et un rabot. De même, l'astronomie ni la botanique, par exemple, ne lui sont pas apprises à l'aide d'arides traités. Mais, par un soir serein, k: maître conduit l'enfant dcYant l'immensité du ciel, il lui confie une lunette et borne sa leçon à lui montrer les astres, à constater leurs groupements, leurs distances rclatiYes, leurs déplacements et les lois de leurs révolutions dans l'infini; ou bien l'on descend cn,cmblc au jardm; là, dans une causerie familicrc, on étudie la structure des feuilles, la disposition des pétales sur la corole et les plantes lincnt d'elles-mêmes, au prix d'un faible effort, le secret de leur germination. Jusqu'à treize ans les enfants promènent leur curiosité inquiète sur toutes choses, sans se fixer i aucune particulicrement; on les appelle alors des papillo11s. Mais il faut songer à l'avenir, il faut s'occuper de gagner sa vie et pour cela commencer à apprendre un métier qui devienne un jour lucratif. Donc, à treize ans l'enfant consulte ses goùts, commence a sentir quelle vocation s'éveille en lui, Yoit s'il préfcrc manier le marteau ou la charrue et, spontanément attire, comme la phalène par la lumiere, il se ,·ouc au metier qui le tente; des lors il commence a l'approfondir de plus prés, a se faire une main plus habile, sans toutefois abandonner ses études générales. Et cela qu'est-cc autre chose que l'application du système de Fourier, la théorie de l'attraction passionnelle du grand phalanstérien enfin mise en pratique aprés cinquante ans de railleries, de négation ou d'oubli? Les idées ne meurent pas; on les étouffe quelquefois momentanément sous le monceau des perfidies et des mensonges ; mais vienne un souffle de brise pure, leur semence germe sur ce fumier et elles poussent jeunes et puissantes. Quel est celui d'entre nous - nous attristés jadis par la morosité des lycees, - qui ne Youdrait avoir fait son éducation de cette manicre saine et joyeuse, dans le b0nheur? DnllS le bo11heur, car là est le secret du systeme. Satisfaites les enfants, rendez-leur la tàche agréable, arrangez-vous· pour que le travail soit non pas une peine mais un plaisir et soyez assurés qu'ils travailleront; vous serez obligés de les modérer; la· paresse, l'inaction, comme disait Fourier, deviendront le plus cruel de tous les supplices. Pour imposer à l'élève une éducation chagrine et douloureuse, n'invoquez pas l'avenir, un avenir hypothctique en somme, car qui sait si les petites têtes blondes auront jamais le front sérieux de la maturité ? Ne lui dites pas qu'il doit souffrir aujourd'hui pour être un jour heureux, ou fort, ou bien armé dans les luttes futures. Il ne faut pas que la première moitié de la vie soit sacrifiée à la seconde; il ne faut pas molester les enfants sous prétexte
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