LA REVUE SOCIALISTE l'enfance le goût, le besoin même de Yivre au prés des femmes; et si la compagne de l'homme a reçu la même éducation que lui, le mariage ne sera plus, comme il est trop souvent, l'ingrat rapprochement de deux étrangers incapables de se comprendre; il sera l'union harmonique et profonde de deux êtres doués, animés d'un même esprit, de vues communes et d'une analogue conception des choses. Voilà cc qui se pratique assez fréquemment dans beaucoup de pays, en gênerai dans des pays protestants : Suisse, Hollande, ÉtatsUnis. Voilà ce qui vient •d'être tenté à Cempuis victorieusement, on peut le dire, puisque le seul inconvénient à craindre, l'immoralité, n'a même pas été signalé par la commission d'enquête. Le systcme dcYrait donc triompher et il triompherait sans nos habitudes iiwétérées, sans nos vieux modes d'éducatioi1 venus des jésuites et à peine modifiés par le temps, sans cette peur de la femme qui caractérise le catholicisme, religion jalouse et terrible, hantée par l'idéal du célibat et de la more tification de la chair et, des l'aube de la vie, rêvant déjà de diYiscr les enfants en moinillons et nonnains. * * * Le mél~ngc des sexes n'est pas la seule nouveauté de l'école de Cempuis. L'école est nouvelle aussi par la nature des choses enseignées et par les procédés d'enseignement. On y donne ce qu'on appelle l'éducation intégrale, c'est-a-dire une éducation extrêmement variée, encyclopédique, ou le corps et l'intelligence trouvent a la fois leur compte. La gymnastique, la natation, la marche y sont en honneur et y entretiennent la santé, l'énergie et le contentement. On y montre la musique, le dessin, les travaux manuels, le français, les J.angues vivantes, l'histoire, la géographie, l'arithmétique, en un mot tout le bagage général que doit posséder un jeune homme avant de se spécialiser dans une profession ou une étude particuliérc. Mais chose remarquable, l'enseignement dogmatique est banni de l'établissement. Point de professeurs qui exposent des idées abstraites, qui déroulent de laborieuses démonstrations, qui développent des théories longues et compliquées au risque de fatiguer le cerveau des enfants. Ici, les grands maîtres ce sont les choses elles-mêmes, la nature, la vie. L'élêve vit d'une maniére constante dans un immense atelier où se pratiquent et où il pratique lui-mème tous les métiers, ou se fabriquent sous ses yeux et où il fabrique de ses mains tous les objets nécessaires a l'homme dans notre existence si complexe de civilisés; il est initié à tout, à la construction des maisons, à la confection des vêtements, à la serrurerie, à la menuiserie, à la typographie, à la reliure, à la buanderie, en un mot à toutes les industries usuelles. On ne se contente
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