La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

L' CEUVRE PACIFIQUE AU XIXe SIÈCLE 393 Le continent européen est resté, jusque Ycrs 18..i.o,presque cntiercmcnt étranger au mouvement systématiquement pacifique. La proclamation des principes de solidarité humaine, de fraternité uniYcrscllc, fut un trait caractéristique du réveil des peuples dans la période de 1830 à 1850, altérée de justice et de liberté. La grande pensée d'une paix universelle s'alliait admirablement aux généreuses idées d'humanité, d'égalité politique et sociale, de tolcrancc religieuse et d'amour du prochain, qui inspiraient les écrits des penseurs de cette époque. Il y avait, il est nai, plus de déclamation que d'effets pratiques dans ces- manifestations en faveur d'une paix universelle, et l'on entrevoyait ce beau rêve comme l'un des termes de la solution d'un vaste programme idcal. Cependant les tendances pacifiques ne tardércnt pas à se préciser, à sortir des généralités, a de}cnir un but spécial, concret, à s'émanciper du joug des partis et des ccoles politiques. • En France, il se tint plusieurs assemblées de la Paix, entre autres celle de 18-~9, à Paris, oü \'ictor Hugo prononça d'admirables paroles prophétiques, et qui fut suiYie de congres analogues à Francfort, à Londres et ailleurs. L'idée faisait son chemin par petites étapes, en dépit des éYéncmcnts et des succes partiels de la rcaction dans divers pays de l'Europe. Elle gagnait du terrain :\ mesure qu'elle se dégageait des formules générales tout en s'accommodant à la façon de penser des populations auxquelles clic s'adressait. Nous ne ferons pas ici l'historique des sociétés et des Congres de la Paix, si savamment exposé par Michel ReYon dans son remarquable ouvrage sur !'Arbitrage i11tenwtio1wl. Ce travail sera d'ailleurs complété prochainement par les sociétés clics-mêmes, qui seront invitées à coopérer à la rédaction d'un mémoire détaillé sur leur origine et leur activité. Il nous suffira, pour le moment, de dire que jusqu'en 1889il existait en France deux principales sociétésde la Paix, outre cinq ou six groupes trés méritoires, mais moins connus. La premiere était la SociétéFrn11çaispeour l'arbitrage e11tre1wtio11s, dont M. Frédéric Passy est encore aujourd'hui le président infatigable; l'autre était la Ligue i11ternatio11aJle la Paix et de la Liberté, fondée à Genevc sous la présidence d'honneur de Garibaldi, et dirigce jusqu'en décembre 1891, ayec autant d'intelligence que de désintéressement, par le regretté Charles Lemonnier. Cette Ligue avait poussé des rejetons en Suisse et comptait des adhérents isolés en Italie, en Allemagne, en Roumanie, en Espagne, ~ans les États scandinaves, voire même en Angleterre et dans les Etats-Unis_d' Amérique.

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