La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

AX:-SI\'ERSAIRE DE LA )!ORT DE BEXOIT ~!ALO~ main crbtrice de notre grJnd artiste Dalou, il \·it en nous et autour de nous; il vit dans les cœurs de ceux qu'il a connus, soutenus, réconfortés; il \'it dans les intelligences de ceux qu'il a formés, des jeunes si nombreux qu'il a encouragés et guidés ; il \'it dans ses écrits, qui prolongent son action sur les générations nouvelles, qui font et feront longtemps encore des socialistes ; il \"it enfin dans l'exemple de courage patient, de chaude g..:nérosité, de con\'iction solide et persuasive qu'il nous a donné par sa \"ie entiérc. Et, _puisque nous sommes n'.:unis en souvenir dc cc juste, sa\'cz-vous, citoyennes et citoyens, quel me par.1ît être le meill~ur moyen d'honorer la mémoire de notre ami Benoit Malon? - C'est dc rcnouvder, de renfor.::cr ici, par-devant lui, notre n'.:solution de suivre son exemple, de continun son œuvre, de tra\·ailler de toutes nos forces, sans d<'.:faillanceet sans rel.iche, à répandre le socialisme, c'est-à-dire à cr0er en fr.me.: et sur la terre plus dc lumiére, plus de justice, plus de bonheur. DISCOGRS DE RODOLPHE SIMON Ce n'est pas de\'ant les amis de Benoît ;\lalon que j'essaierai d'esquisser le trait le plus caractéristique de c.:ttc grande et bdl.: figure : la bont.'.:; nous en a\'ons tous éprou\'é les effets bienfaisants. Je \'Oudr,1is seulem.:nt aujourd'hui examiner tn::s brié\'ement avec \'OUSl'influence de cette noble facult.'.: sur le philosophe, sur le th.'.:orici.:n, sur le militant, et tirer de cet examen l'utile enseignement qui doit nous guider et nous encourager dJns b voie où il a laissé de si pures traces. La philosophie de Benoît .Malon est faite de bonté. C'1:st un « panthéismc évolutionniste» édifi0 sur la science, c'est-à-dire naturiste et excluant l'idée mystique de t/Jéis111r communément attachée à cc vocable . .Maiscc panthéismc emprunte à la sublime conception de solidarité, de bienveillance uni\'ersellc, :1 la fois le plus solide lien synthétique et les ailes de l'idéal. Malon se complaisait dans une théorie qui, sans effaroucher en lui 1c robuste bon sens du pâtre forézien, sans heurter l'esprit droit et fin du philosophe, offrait à ses généreuses aspirations la systématisation harmonieuse dL: l'amour dans la solidarité, remplaçant, ou plutôt poétisant la justice. Dans le théoricien, la bonté de .Malon se traduit par une grande tolérance, qui n'est pas, comme certains éclectismes, l'acceptation banale par veulerie ou insuffisance, mais bien l'application logique de cette haute et puissante idée': à savoir que bien des divergences disparaissent devant unL: intelligente tolérance, lorsque même elles ne sont pas des éléments complémentaires de la vérité synthétique. C'est là le secret de la puissance du philosophe socialiste. Ses contradicteurs, déjà charmés par sa bienveillante courtoisie, ne tardent pas à être gagnés à un adversaire qui, loin de les irriter par une réfutation systématique, leur Jonne d't:ncourageantes satisfactions. Hâtons-nous de dire que si, en évolutionniste avisé, Malon n'est pas intraitable au début et passe, ou feint de passer, sur certaines divergences, il sait bien, le profond observateur, que le temps et les influences sympathiques

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