3iO LA REVUE SOCIALISTE vêtus, c'est une mer de guenilles, un chaos de haillons; la souffrance a buriné leurs visages; leurs yeux brillent de fièHc et de passion ». Et la horde des gueux augmente, augmente toujours; peu a peu devant eux les barons disparaissent. Transmués en corbeaux, ils croassent aujourd'hui sur les ruines de leur donjon. - Des paysans bretons, qui font, pour les guérir, avaler a leurs enfants de la poussière de statues, auraient eu cette délicate a la fois et profonde imagination. Gageons que Mme G. Renard ne l'affirmerait pas sans sourire. A propos des deux récentes comédies politiques qui provoqucrcnt de si vives polémiques: U11eJournéeparlemwtaire, de M. :\Iaurice Barres, et l'E11greuage, de M. Brieux, M. Bcrriot tente rapidement, dans la YIE COXTDIPORAI:-.'E (1er aoùt), une histoire de la Politique au Théâtre depuis un sicclc. Le Mariage de Figaro ouHc brillamment la série. Pendant la Révolution, le théâtre n'a point de chcf-d'œunc. Le grand drame se jouait dans la rue. Il faut ensuite aller, pour retrouver une pièce politique, jusqu'en 1846 et 1847, années ou Félix Pyat donna son Diogh1e et son Cbiffo1111ier; Clain·illc, lui, parodiait les id6cs nouvelles et faisait jouer au Vaudeville les Repn!se11ta11et1s1vacance, 1'A11e à Baptiste, laPropriétéc'est le vol.-Avcc beaucoup plus de talent, Augier allait bientôt, lui aussi, introduire la politique ù la sccne. Discrètes dans le Gwdre de 1'1011sieuProirier, les tendances d'Augicr s'affirment avec ks Ejfro11tés et le Fils de Giboyer. « Il quitte alors la comédie de mœurs pour tenter la naie comédie politique. Il porte décidément sur le théâtre les questions contemporaines: il y groupe, il y promène les hommes du jour et leur entourage.-Après .\ugicr, et bien inférieur a lui, vient Sardou avec Rabagas, puis Da11ielRocbat et enfin Thermidor. - Somme toute, conclut l'auteur, les pièces politiques ne réussissent plus de nos jours pour cette raison que la presse remplace avantageusement la scène. « Mais a mesure que décroissait l'intérêt dramatique des questions politiques, d'autres questions sollicitaient Je plus en plus l'attention des dramaturges. C'étaient les questions sociales : non pas ces thcmes :\.déclamations vides et puériles que l'on portait nagucre a la scène avec un si brillant insuccès sur le théâtre de la Maison du Peuple - ici nous ne sortons pas encore de la politique - mais les mille et un problcmes que suscite le conflit des préjugés ou des principes, des intérèts et des passions ». Certes, l'article de :\1. Berriot est un raccourci intéressant, mais pourquoi le terminer par une double inexactitude ? D'abord, pourquoi parler de l'insuccès du Théâtre social? Sans doute parce que l'auteur n'a point assisté à ses représentations. Sans parler des applaudissements qui saluèrent, lors de la prcmicre soirée, les pièces de Mme Paule Mink,
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