REVUE DES RE\.üES clame-t-il, ne doit obéissance à aucune regle ni statut. Il est maître de toutes choses et peut prendre pour son usage tout cc qui lui plaît. Il a le droit de tuer quiconque fait obstacle à sa volonté. Il peut agir en tout à sa guise : périsse la terre plutôt que d'imposer un frein a ses désirs! L'empereur lui-même n'a pas le droit de l'arrêter et en l'essayant s'exposerait a être tué justement.» Plus d'un siecle plus tard, en 1476, un joueur de cornemuse, Hans Bœhm, de Niklashauscn, prêche hardiment le retour à l'état de • nature.« Le royaume <le Dieu est proche, <lit-il. Désormais il n'y aura plus ni pape ni empereur, ni autorité quelconque. Toute différence entre les classes sera supprimée. L'égalité fraternelle régnera entre tous. Les princes ecclésiastiques et laïques ont accumulé trop de trésors; s'ils avaient partagé, tout le rnondc aurait suffisamment de quoi vivre, et c'est là le but qu'il faut atteindre. Les dimes, taxes et douanes vont être abolies. La chasse, la pêche, les prairies scn·iront aux besoins illimités de chacun. On verra bientôt les princes et les seigneurs obligés de gagner leur vie de chaque jour. Le temps approche où les prêtres seront mis a mort; une forte récompense sera alors décernée à quiconque en aura tué trente ». Cette dcrnicre et étrange déclaration à part, n'est-cc pas là, naimcnt, le ton d'un précurseur? Bœhm, d'ailleurs, le « saint jeune homme », comme on l'appelait, exerçait, par ses doctrines et son talent, une telle influenc~, qu'à certains jours « plus de trente mille personnes venant des pays e1wironnants campércnt dans )e petit ,·illagc de Niklashauscn et ses environs ». La philosophie des Frércs du Libre Esprit repose sur un sophisme, le même ou à peu prcs, d'aprcs M. Allier, qui inspire aujourd'hui les anarchistes : « Nous sommes Dieu, disent les Frcrcs, tous nos appctits sont des ~mpulsions Ji vines; il y aurait donc impiété à ne point les satisfaire ». Aujourd'hui la Nature a remplacé Dieu, et ce n'est là qu'une transposition de mots. Ainsi l'histoire se répcte sans cesse. En savons-nous profiter ? Comme aujourd'hui, jadis contre les révoltés on employa la violence; « les persécutions furent organisées contre la secte anarchiste des 1209, avant même que la doctrine ait eu le temps de produire toutes ses conclusions.· Elles furent conduites selon les régies habituelles de toutes les polices : ni le mouchard, ni l'agent provocateur n'ont manqué d'y jouer leur rôle. La peine de mort fut largement appliquée». Inquisition spéciale, noyades en masse, auto-da-fcs, rien ne fut épargné. Pourtant, comme notre guillotine, les supplices ne semblent qu'avoir excité le fanatisme des survivants. La secte du Libre Esprit n'a péri qu'au seiziéme siecle, à l'apparition du protestantisme. Ce ne sont ni les bûchers, ni les prescriptions de l'autorité qui,
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