REVUE DES REVUES comprend d'autant moins, que M. Fournier de Flaix est obligé de reconnaitre que sir \Villiam Harcourt a professé des théories absolu ment su bvcrsiYcs et destructives de l'ordre social pour étayer son projet. Qu'on en juge un peu: « Comme beaucoup d'Anglais, nous dit M. Fournier, sir \.Villiam est un disciple de Bentham. Bentham considérait que l'héritage, ab iulesiat ou testamentaire, provient de la loi ciYilc seule. Il. n'aurait aucun fondement dans la loi naturelle. Telle est la doctrine que sir ·william a c~posée de,·ant la Chambre avec une surabondance de conviction qui semblait dl'.:ficr toute critique. « Les taxes succcsso- « raies, a-t-il prétendu, sont la quote-part de l'État dans l'héritage. » Cette quote-part, il la fixe lui-mèr\_lC. « Il prend le premier et les hé- « riticrs doivent se contenter de cc qu'il veut bien leur laisser. .. ii Voyez-vous la surprise de la majorité parlementaire française, si M. CaYaignac, que M. Fournier de Flaix enferme aYcc Jaurés dans le même sac de l'hérésie sociale, aYait dé,·cloppé ;\ la tribune une thèse semblable sur la propriété ou même sur l'ht'.:ritagc? Mais sir William Harcourt, nous assure M. de Flaix, a su faire accepter la chose, et luimême l'accepterait presque, si clic n't:tait pas si grosse de conséquences sociales. - Quoi qu'il en soit, le résultat positif obtenu, par sir William, a été le sui,·ant: le budget anglais se trouY:iit en déficit. Avec une bonne foi à laquelle nos ministres ne nous ont pas habitués, le 16 avril dernier, le ministre montr:i que le budget 1893-9-1- s'était soldé avec un déficit de 170,000 livres sterling, et que celui de 1894-95 se présentait avec un déficit de 4,5'02,000 livres, soit 1I2,550,000 francs. Pour parer à des manquants ainsi avoués, le ministre proposa de demander 3,500,000 livres, c'est-à-dire 87,500,000 francs aux taxes successorales, et M. Fournier conclut, après aYoir exposé les relèvements et la progression introduite dans les nouveaux tarifs : « En somme, le fardeau est à peu prés mis en entier sur les droits successoraux; mais le budget est bouclé et l'Angleterre se trouve à même d'armer, sans appel au crédit, des flottes formidables, capables de mainte- . nir sa suprématie maritime et commerciale. i> En France, nos budgets se soldent, depuis huit ans, par des déficits, et le gouvernement y pare en renvoyant dans leurs foyers des centaines de mille jeunes soldats dont il touche la solde d'entretien comme s'ils étaient sous les drapeaux, ou en émettant des obligations, qu'on convertit régulièrement au bout de six ans. Pourquoi messieurs les économistes, comme M. Fournier de Flaix, trouvent-ils ce procédé parfait en France, et s'extasient-ils sur le sens pratique des Anglais, qui n'ont recours à aucun des misérables expédients qui sont le fond de toute la politique financière française? GusTAVE RouA~ET.
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