La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE tion rapide des Yaleurs; et non seulement à l'élimination des métaux, mais même à celle des monnaies fiduciaires, telles que le billet de banque, directement gagées sur une valeur en métaux correspondante. Les comptes-courants, la compensation, les virements sont autant de modes d'échange affranchis déjà de l'impedimentum monétaire, métallique ou fiduciaire. Dans une courte étude que la Revue socialiste publia en r886 (r), j'ai mis ce point en lumicre et montré comment l'échange, parti du troc, après aYoir revêtu une série de formes de plus en plus complexes, semble àevoir revenir, par suite de la complexité même de ces formes, au point de départ primitif de son évolution, à l'échange direct des produits contre les produits, sans aide ni intermédiaire quelconque. On ne saurait donc qualifier d'utopique une tentative de description d'un régime économique d'ou la monnaie serait bannie. Au reste, je laisserai parler l'auteur : Nous arrivons, par une série de transitions, à un système plus simple, qui élimine radicalement la monnaie - métallique ou fiduciaire - comme instrument des échanges et lui substitue un système de co111ptabiligteénerale... Nous supposons que ... par une série de transformations plus ou moins lentès ou rapides, l'État se met à jouer en quelque sorte le rôle d'une banque privée et remplace la monnaie d'échange par le système comptabiliste. Tout le monde doit passer par lui et pour n'importe quelle dépense. On ouvre un compte à chaque citoyen, en tête duquel figure le chiffre qui représente son avoir, et on lui délivre, pour les besoins courants, des carnets de crédit ou de jouissance, au fur et à mesure des nécessités et jusqu'à concurrence d'un certain chiffre. - Ce chiffre serait toujours inférieur à l'avoir des détent~urs du carnet. - Ainsi par exemple, si nous prenons un individu dont la fortune serait évaluée à 100,000 francs, la comptabilité, représentée par l'État, lui donnerait crédit pour les 7, 8, 9 dixièmes de son avoir. Et d'autre part, celui qui, lors de l'introduction du système comptabiliste, n'aurait pas d'autres ressources que son salaire quotidien, recevrait son carnet en blanc, sur lequel on inscrirait ses recettes ultérieures, puis ses dépenses. - Pour fixer les idées et montrer comment on pourrait se figurer le fonctionnement du système, nous supposerons les carnets divisés en deux colonnes : dépenses et recettes. Chaque citoyen sera pourvu, en outre, d'un poinçon à chiffre variable et portant les indications fixes relatives à sa personnalité correspondant à celles de son carnet : son chiffre indiYiduel, ceux de sa commune, de sa province et de son pays, - En cas de vente d'un objet, la liquidation s'opérera de la manière suiYante : l'acheteur devra poinçonner le carnet du vendeur (colonne recettes), tandis que cc dernier poinçonnera le carnet de l'acheteur (colonne dépenses). - Les carnets seront déposés dans les bureaux de l'État (1) La Q11eslio1111011élaire, par Gustave Rouanct. Cette étude, écrite it l'occa.sion du renouvellement de la com·ention monétaire de 1885, a été tirée a part et forme une brochure de vingt-quatre pages.

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