La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

354 LA REVUE SOCIALISTE trouYe plus d'une fois la quantité seul~! Le conte, la nom·elle, constituent un genre - il faut bien s'exp.rimer ainsi puisque l'on catalogue les œuvres selon le format- trés florissant, à cette heure même où on le dénigre. Et il faut espérer que la moisson n'est pas achevée. Le conte vivra tant qu'il y aura des écrivains : il· se prête à toutes les formes de la pensée, à toutes les tournures de l'esprit. Je n'ai point voulu faire l'historique du conte. Que de pages définitives nous lui devons, de La Fontaine à Daudet, et à Flaubert, et à Mcrimée, et à Maupassant, licencieux ou philosophique, léger ou sévère, que ce soit l'écrit galant de l'autre siécle ou tel paragraphe de La Bruyère. Dans le raccourci de la nouvelle où d'Esparbès enclôt l'épopée impériale, où Courteline aligne ses casernes hilarantes, où il y a, comme chez tous les grands comiques, un lourd dessous de tristesse; dans l'étroit format du conte, où Jules Renard, Mullem, tous les autres se signalent par l'humour, la fantaisie, l'observation ou l'imagination, l'ironie ou la pitié, la pensée ou l'amour, dans l'espace mesuré du conte et de la nouvelle, beaucoup d'écrivains de cc temps ont su faire tenir le meilleur de leur talent; il n'était peut-être pas inutile de le faire rem~rquer, ne fût-ce que pour remonter le courant, alors que l'on entend dire par les professionnels ,que c'est cc gâcher un sujet pour rien », quand quelque autre se contente de serrer en quatre pages cc dont il côt pu tirer le 3 fr. 50 compact préféré du public et de l'éditeur, et salu6 de la critique. JEAN AJALBERT.

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