La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LE ,!OU\'D!E~T LITTÉRAIRE 353 A la liste si riche de nos conteurs, il faut adjoindre encore G. l3caumc, avec A11Pnys desCigales, des croquis saYourcux, d'un authentique goùt de terroir, et l'esprit de notation de Gusta\"e Guiches, et la fantaisie japonisante d'Auriol, et l'abracadabrance déconcertante d'Alphonse Allais, écrinnt les pires folies aYcc une flegmatique imperturbabilité. Mais dans la fantaisie, une fantaisie qui contient, sous la transposition d'une haute malice, d'une ironie magistrale, de la Yérite la plus su btilc, triomphe Louis Mullem, avec ses Co11/esd'A111ériq11e. Je m'aperçois que j'allais omettre tout un groupe de poetes en prose, à qui le conte sert à enfermer de belles fresques de symboles ou •.de légendes. Du clan des poctcs, qui Ya de Jules Laforgue à Henri de Reguicr, la prose l'emporte peut-être sur les Yers. Sans faire trop pousser de l;auts cris à ceux qui ne veulent pas que l'on discerne dans l'admiration, il scr:1it permis de prefercr aux poesies de Laforgue ses 1\tfornliléslégwdnires. C'est à redresser des legendes aussi qu'excelle Henri de Réguier, d:1ns le Barbe-Bleue des Co11lcs à soi-111e111e. Et Bernard Lazare, aussi, a rcYise tels personnages ou tels cpisodcs flottants du passé dans ses riches interprctations du 1\tfiroirdes legendes. Tandis que Laforgue traYestissait en personnages d'à présent - et de toufours aussi - Hamlet ou Pan et la Syrinx, Paul Adam, lui, tout au contraire, rcrnlait la realité, faisait des gigolettes et des gigolos comme des nymphes et des faunes : cc qui gène un peu dans des livres comme l111agese11/i111enlales, dont la premiérc partie, la simple histoire d'une enfance, est pcut-ètrc cc qu'il y a de plus remarquable - ces quelques pages, une nouvelle! - dans l'œuvrc dcji considérable du romancier. Marcel Schwob, aussi, l'auteur du Roi n11111nsq1d1'cor, de Mo11elle, transpose la réalité, efface les dates, tâche à situer les troublants épisodes de ses liYres dans des cpoqucs voilées, cherche des atmosphcres de rêYe à ses créations, qui surgissent sur des fonds vagues, hallucinantes comme de la lumicre sans contours palpite derrière une brume, qu'elle éclaire sans parvenir à la traverser. Pour rentrer dans la précision, dans la netteté la plus aiguë, il suffit de se reporter à Jules Renard, à Sourires pi11ces, à cc fantastique et véridique Poil de carotte, en qui Jules ~cnard a condensé une somme de talent dont tel romancier, anc quinze volumes, ne fournirait pas l'équivalent. Je dois me borner, cet article deviendrait un palmarès. Mais ne serait-il pas possible de trouver des qualités à bien d'autres encore : à , Pierre Veber, à Tristan Bernard, à toute une série de « dialoguistes », qui désertèrent le conte pour le théâtre, à Auguste Germain, l'auteur de Bic/Jette,Nos princes, Famille ... Le conte, la nouvelle, que j'entends dédaigner et vilipender, qui offrent la qualité souve11t, alors que dans le roman à la mode se 2l ,,,

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