La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

352 LA REVUE SOCIALISTE Mais d'Esparbcs n'est point seul à pouvoir être indique comme un de ceux dont les contes sont des contes de l'art, de la poésie. Avant de noter les volumes de Georges d'Esparbes, j'aurais dù citer de J.-H. Rosny, 1'111111wlatio11; les Xipélms, de Geffroy, l'Hom111e à la berne et la Voix, des contes toujours, des plus remarquables qui aient paru ces dcrnicrcs années, et qui sont des morceaux admirables; j'aurais dû rappeler aussi le Cuirassier bla11c, de Paul Margueritte; et de Paul Bonnctain ses Alllours 11omades; bien d'autres encore, toute une collection de picces choisies où tous les goûts pcuYcnt se satisfaire - aprcs quoi l'on s'explique mal que le conte, la nouYclle, lorsqu'il y en a tant de recueils excellents, puissent être, à cause des mauvais, abandonnés et vilipendés. Heureusement que la jeunesse va son effort, sans trop prêter l'oreille aux mauvais augures qui annoncent la fin du conte, et que cela n'arrête pas Jean Lorrain d'écrire S011geuse, et Jean Madeline ses frêles Co11lesur porcelaine, et Camille de Sainte-Croix ses verYcux Co11lesecs. Dans ces Co11fesecs où l'exposé, -le développement, le dénoûment - car, chacun d'eux présente l'essence d'un drame - cç ne sont, pour ainsi dire plus que les schemas des pcrip<~tics passionnelles, en somme trcs limitées, où se débat le cœur humain, la trame à nu sur laquelle, d'ordinaire, vaut surtout la broderie qui s'y ajoute. C'est comme des problcmes sentimentaux que se serait posés Camille de Sainte-Croix, auxquels il aurait tenté de donner seulement une solution logique : et, naturellement, la plupart des fois, la conclusion est bien à rebours des prévisions, c'est le naiscmblable qui arriYe le moins, c'est tout cc qui devrait mathématiquement arriver qui n'arrive pas. Tout de même, si decharnés que l'auteur ait voulu ses contes, des squelettes de contes, ils n'offrent point la sécheresse que l'on pourrait croire; malgré sa rapidité, le récit se parc de détails, de charme, de grâce ou de force, et cc liYrc qui, sous d'autres plumes que celles de l'ecriYain qui est Camille de Sainte-Croix, pourrait n'être qu'un formulaire de situations dramatiques, forme un recueil non seulement d'anecdotes ingenieuscs, habilement articulées, mais de pages souYent réellement animées et pleines de vie. Toujours au hasard de la mémoire, parmi les conteurs qui ont marque leur place au premier rang, voici Courteline, doue d'une rare puissance de comique, qui a atteint à la perfection dans tant et tant de ses chapitres definitifs sur la caserne. Quelle veritc d'obscr\'ation, et quelle prodigieuse vcr\"e de rendu, d'un trait si profond, de la cantine, de la chambrce ou de l'ecuric où rôdent ses cavaliers, où passent, joyeuses ou abruties, les figures de Lidoire, de la Biscotte, de vingt autres! Mais Courteline travaille aussi dans le civil, et n'y réussit pas moins, à prcuyc cc Boubouroche, en passe de dcycnir populaire.

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