La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

3 50 LA REVUE SOCIALISTE deux, trois -volumes que l'on exigea de Maupassant, par exemple, mais un, deux contes par semaine : ce fut la collaboration épuisante aux journaux; des impressions, des descriptions, des fragments quelconques, et toutes les ruses des jours sans sujet, le tirage à la ligne, . où succombent les plus forts : le métier et le talent, en place du charme et de la fraîcheur et de la sincérité d'art. Les Yolumcs se ressentirent de la hâte du journal : au lieu de pages choisiès, ils n'enfermércnt bientôt plus que de la copie et de la copie; et cette fois, puisqu'il faut tenir compte ici des causes matérielles par où s'accentua le discrédit des conteurs, les acheteurs se fatiguèrent d'être leurrés, et de ne retrouver clans l'in-18 a 3 fr. 50 que la reproduction des quotidiens. Et les acheteurs n'étaient pas dans leur tort tout à fait. Cependant, de se défier a proscrire en masse, il faudrait un tempérament. Le YCnt ne souffle pas toujours du même côté, comme l'on croirait a\"ec Armand Sylvestre. Dans cette forme du conte, si souple, uniYcrsclle, toute la génération montante, comme la précédente, trouvait sa Yoie. Quantité d'écrivains, depuis cinquante ans, d'un labeur trop mêlé, n'ont mis leur empreinte, et cette empreinte peut être durable, que clans les quelques feuillets d'un conte, d'une noûvcllc. Du gros labeur des naturalistes, qui sait si la trace la plus sùre ne restera point cette petite chose, lue si Yite : un conte, une nom·ellc où, aYeC sa Yision à soi, son procédé particulier, sa sensibilité propre peut se li\lrer l'écriYain que trahissent ses forces dans une entreprise plus vaste. Il se pourrait bien que Léon Hennique n'ait été naimcnt Hcnnique que dans Pœuf. Pour Paul Alexis, ceux qui se donneront la peine, la joie de lire le Journal de M. Mûre, la Fin de Lucie Pl'llegri11 connaîtront un artiste et ne s'étonneront pas que ses camarades de Médan aient fondé un gros espoir sur l'auteur du Besoin d'aimer. Pour pénétrer Jans l'intimité de l'œune de J.-K. Huysmans, n'est-cc pas par A vau l'eau qu'il co1wicndrait de commencer. Dans U,,e belle journée, Henry Céard s'est montré, du premier coup, aycc les qualités qu'il apporta par la suite dans ses pièces ou sa critique. En d'autres camps, pareillement, tel conte est supérieur aux romans de l'écriYain, et l'on peut admirer Loti, pourtant si souYent admirable dans ses romans, Oil peut l'admirer bien plus cnticremcnt d:rns quelque courte histoire des Fleurs d'ennui, dans Un vieux, dans les Femmes de la ]{asbab, etc. Ainsi de Bourget, dont les gros liucs ne tiennent gucre dans leurs déYcloppements ce que l'on attendrait de l'auteur de tel ou tel pastel. Mais cette démonstration n'a pas besoin d'être poursuivie. Il suffit de rappeler coup sur coup que Gra11deuret Servitudes Militaires, d'Alfred de Vigny, et Cr111dide, de Voltaire, et le Rideau Cramoisi, de Barbey d'AureYilly, et Adolpheet Fanny; enfin cent chcfs-d'œune, qui ne sauraient fournir les trois cent cinquante pages des formats de

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