La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

326 LA RE\'CE SOCIALISTE premier Empire fut surtout l'cpoquc bénie des fournisseurs), la classe à laquelle des gouYcrncmcnts coupables ont abandonne, par les concession~ de mines et de chemins de fer, une partie du patrimoine national cette haute bourCYcoisic oisiYc, Yèritable hèritière de b ' 0 noblesse, n'a donc rien perdu à la baisse du taux de l'intérêt, puisqu'elle a regagné par l'augmentation du capital ce qu'elle perdait par la diminution du taux de l'intcrêt. Yoilà la fraction peu intercssantc de la bourgeoisie : Yoyons maintenant les effets du même phcnomène <'.:conomiquc sur la partie laborieuse, actiYc, <ligne <le sympathie de la classe possedante, sur la petite bourgeoise. Il y a cinquante ans, le petit bourgeois laborieux aYait des chances sérieuses d'arriYer ù l'aisance : En <'.:conomisant pendant toute une Yic une somme de 50,000 francs, il pou\'ait jouir d'une rente de 2,500 à 3,000 francs, qui assurait la paix de ses Yieux jours. Aujourd'hui, il faut mettre de côte 90,000 francs pour obtenir la même aisance, sans compter que la. cherte croissante de l'existence rcduit singulièrement la somme des jouissances qu'un tel capital est capable de. procurer. Le petit industriel ou le petit négociant est oblige de traYailler doublement et d'accumuler une ~omme double pour conqucrir une Yicillcssc tranquille. Cette nécessité même exagère la concurrence, rend la lutte pour la Yic plus intense et plus impitoyable. Toutes les professions sont encombrées par la foule des gens qui se ruent à la curée. Il dcYicnt de plus en plus difficile de se faire une place honorable et de réussir. Demandez aux gens qui ont aujourd'hui soixante ou soixante-dix ans. Ils Yous diront: Hélas! les temps sont bien changes. On ne gagne plus d'argent, les marchandises, trop :ibondantcs, se donnent pour rien. 1ous sommes bien heureux quand nous joignons les deux bouts. Il dcYicnt impossible aujourd'hui de se dcbrouiller; les affaires Yont de mal en pis. Cc malaise économique est gcncral, il ne fait que croitre. La conscquencc, c'est que le petit industriel et le petit ncgociant ont be:iucoup <le peine à faire honneur à leurs affaires : Pour la plupart <l'entre eux, se retirer après fortune faite (fortune modeste) est un rêYc bien rarement réalisé. L'abîme qui scparc la petite bourgeoisie de la classe opulente se creuse de plus en plus et deYient à peu près infranchissable. L'abaissement du taux de l'intérêt raYit aux membres de la classe moyenne l'espérance de parvenir à la situation cnYiée de rentiers. On nous objectera peut-être que l'abaissement du taux de l'intcrêt diminue le taux de l'escompte et facilite, par œ moyen, le credit aux petits entrepreneurs et aux petits patrons. Mais nous le demandons à ceux qui sont dans les affaires et qui

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