La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA BAISSE DU TAUX DE L'I:\'TÉRÊT ET SES EFFETS 327 ne possèdent point de gros capitaux : à combien leur rcYient le crédit chez les banquiers? quoique le taux officiel de l'escompte a la Banque de France soit souvent de 3 °/0 et même de 2 r/2 °/o, n'en est-il pas moins nai que l'on paye le crédit bien' plus cher? Les banquiers prennent 6 à 7 °/ 0 sous des noms et des prétextes diYcrs, quand il s'agit d'escompter des nleurs, ou bien plus cher encore quand on leur demande des aYanccs de fonds. L'abaissement du taux de l'intcrêt, et par suite du taux de l'escompte, profite surtout aux maisons de Banque, aux . intermédiaires capitalistes, aux puissants. Quand la Banque de France abaisse l'escompte a 2 r/2 °/o, demandez aux petits clients des maisons de banque s'il leur est tenu compte de cc r/2 °/0 ? Cette somme reste entre les mains des intermédiaires, de t;nêmc que les légers abaissements des taxes d'octroi profitent seulement aux n<'.:gociantset boutiquiers et non pas aux consommateurs. Nous croyons donc pouYoir résumer de la façon suiYantc nos opinions au sujet des effets de l'abaissement du taux de l'intcrêt: 1° L'abaissement du taux de l'intérêt n'a en rien diminué la richesse de la haute bougeoisic capitaliste. Les fortunes ~ncicnncs, celles qui oe Yicnncnt point du tranil, celles dont l'origine 'est impure, ont regagné par une augmentation du capital la diminution du taux du reYcnu ; 2° La classe ouuièrc n'a en rien profité de cc phénomenc; car ce n'est généralement pas l'om·ricr qui emprunte et qui cherche le crédit, mais le petit industriel et le petit négociant. De plus l'augmentation considérable des capitaux nécessaires pour s'établir, dans la plupart des professions, a annihilé les effets de l'abaissement du taux de l'intérêt. L'ouYricr possedant quelques cconomies a aujourd'hui bic.n plus de difficultés à surmonter pour dcYenir patron qu'il n'en éprounit il y a cent ans, a cause même de l'augmentation croissante du capital et du perfectionnement d'un outillage toujours plus cher; 3° La petite bourgeoisie profite peu de la diminution du taux: de l'intérêt, ce sont les banquiers, intermédiaires naturels entre les petits négociants et la Banque de France, qui en profitent surtout. En outre, il deYient de plus en plus impossible aux petits patrons d'économiser le capital qui leur permettra de se retirer des affaires et de se reposer après avoir travailfé ; 4° L'abaissement du taux: de l'intérêt, simple trompe-l'œil, n'améliore en rien la situation des citoyens actifs et laborieux:. Cc phénomène économique n'a qu'un effet heureux: c'est d'alléger quelque peu les budgets en rendant possibles les conversions de rentes. A. DELON.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==