La Revue socialiste - 1894 - Tome XX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Donc le capital semble perdre une partie de ses priYilegcs, mais, en réalitc, il ne perd rien. Qu'importe à la classe traYaillcuse que le taux de l'intérêt soit de 3 °f o au lieu de 6 °f o si. au lieu de payer l'intérêt d'un million clic est obligée de payer l'intérêt de deux millions. Dans les deux cas, elle dena fournir aux possesseurs du capital une rêtribution annuelle de 60,000 francs. Cette augmentation du capital, corrélative à la baisse de l'intérêt et qui compense parfaitement cette baisse, n'est pas signalée par les cconomistcs conscrYatcurs et optimistes. Néanmoins, il est juste de dire que la démonstration faite cidessus souffre une exception : Les fonds d'État sont en effet atteints par la baisse du taux de l'intérêt, puisque c'est cette baisse même qui seule rend les conversions possibles. Pendant que la plupart des capitaux, capitaux mobiliers et même capitaux immobiliers ont une tendance générale à augmenter de Yaleur et i se gonfler sans cesse au détriment du traYail national, nous reconnaissons Yolonticrs que les fonds d'État sont arrêtés dans leur croissance par les co1wersions et que, par suite, la classe possédante semble perdre quelque chose de cc côté. • !\lais, pour déterminer le quantum de cette perte possible, il suffit d'l'.:valucr les sommes placl'.:csen fonds d'État et de déduire ces sommes du total des capitaux qui jouissent du privilcgc d'une augmentation quasi-mécanique. , . N'oublions pas, d'autre part, que l'Etat emprunte au-dessousdu pair et que, par suite, la somme qu'il touche réellement est bien inféricurc i celle dont il se reconnaît débiteur. Le rentier reçoit par exemple un titre de rente de 100 francs, rapportant un intcrêt annuel de 5 francs, mais n'oublions pas que ce dernier n'a réellement versé que 80 francs; au bout de quelques années, le titre, dont la Yaleur nominale est de 100 francs, atteindra en Bourse le cours de 100 francs, le dépassera peut-être. C'est alors que l'État se tournera Ycrs le rentier et lui <lira:« Tu m'as prêté 100 francs ... Je Yais te les rendre - ou si tu préfercs, je Yais convertir ton titre en un autre qui ne rapportera plus que + ou 4 rf2 °fo, aturcllcment, la presse bourgeoise se lamente sur la malheureuse condition du rentier dont on diminue cruellement le revenu, mais elle oublie de signaler que l'État bourgeois, toujours bienveillant pour les siens, va rembourser 100 francs à des gens qui, ordinairement, ne lui ont prêté que 80 francs. On peut donc dire que la réduction du taux de l'intérêt ne touche que légèrement les capitalistes, puisque si l'intérêt diminue le capital augmente en proportion. L'État, pa~crncl, fait un petit cadeau de vingt francs. Si, au contraire, l'Etat, en émettant un emprunt 5 °f 0 , exigeait un YCrscrncnt réel d'une somme de 100 francs en numéraire, on pour-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==